26/11/2005

CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS DU MOIS DE FEVRIER AU TOGO

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / GB
Londres déconseille aux Britanniques de se rendre au Togo
La Grande-Bretagne a déconseillé dimanche à ses ressortissants de se rendre au Togo après la mort du président Gnassingbé Eyadéma, dans un communiqué publié par le Foreign Office. "Toutes les frontières, ports et aéroports sont apparemment fermés", a précisé le communiqué. Le Foreign Office a publié cette mise en garde en estimant que "la situation au Togo est très incertaine" à la suite de la mort du général Eyadéma. "Nous déconseillons de se rendre au Togo en attendant que la situation se clarifie. Les membres de la communauté britannique au Togo doivent rester discrets en attendant que la situation devienne plus claire", a indiqué le communiqué.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / FRANCOPHONIE
La Francophonie demande "l'application rigoureuse" de la Constitution au Togo
Le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l'ancien président sénégalais, Abdou Diouf, a appelé à "l'application rigoureuse" de la Constitution togolaise, après le décès du président Eyadéma, a-t-on appris dimanche auprès de cette organisation. L'OIF rappelle que "pour préserver la démocratie, elle condamne les coups d'Etat et toute autre prise de pouvoir par la violence, les armes, ou quelque autre moyen illégal". L'OIF appelle en conséquence "au strict respect de toutes les dispositions contenues dans l'article 65 de la Constitution togolaise qui doivent s'appliquer en cas de vacance de la présidence de la République par décès". "Dès lors, Abdou Diouf, secrétaire général de l'OIF, en appelle à l'application rigoureuse de l'ensemble de ce dispositif constitutionnel qui doit conduire à l'organisation dans les 60 jours d'élections libres, fiables et démocratiques", conclut le communiqué.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / FIDH
Décès Eyadéma: la FIDH condamne "vigoureusement la dictature héréditaire"
La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et la ligue togolaise des droits de l'Homme (LTDH) "condamnent vigoureusement la dictature héréditaire", après le décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma et la désignation, par l'armée, d'un de ses fils au pouvoir. Dans un communiqué, "la FIDH et la LTDH, son affiliée togolaise, condamnent vivement ce coup d'Etat militaire et exigent le retour immédiat à l'ordre constitutionnel". Selon ce communiqué, "la mort du président Eyadéma doit être l'occasion pour la population togolaise d'entrevoir pour la première fois depuis 1967 la possibilité d'élections libres et démocratiques et non d'assister à l'enterrement définitif de l'état de droit avec le sacre d'une dictature héréditaire". Elles appellent aussi la communauté internationale à dénoncer "le coup d'Etat militaire et à exiger du Togo notamment les exigences de l'état de droit", rappelant que la mort de M. Eyadéma "doit mettre fin à 38 années de dictature, la plus ancienne du continent africain".

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / FRANCE
Après la mort d'Eyadéma, Chirac s'implique pour le respect de la légalité (par Philippe GOULLIAUD)
Le président français Jacques Chirac a prôné dimanche, au lendemain du décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma, le retour à l'ordre constitutionnel au Togo après que les instances africaines ont qualifié de coup d'Etat l'installation au pouvoir d'un fils du président défunt. Rentré la veille d'une visite au Sénégal puis au Congo, le président français a mené dimanche des consultations téléphoniques avec des chefs d'Etat africains de la région pour envisager avec eux la transition au Togo. "La France soutient les efforts engagés par l'Union africaine (UA) et par la CEDEAO pour convaincre les forces politiques togolaises de s'en tenir au strict respect de la Constitution", a souligné la présidence de la République. La France, qui condamne "toute forme de coup de force", est "totalement solidaire" de l'UA sur ce point. M. Chirac, qui connaissait de très longue date le général Eyadéma et le recevait régulièrement à Paris, s'était rendu en visite officielle au Togo en juillet 1999. Dimanche, le Quai d'Orsay a adressé une forme d'avertissement: "il est essentiel de veiller à ce que le processus de dialogue avec l'UE, entamé sous l'égide du président Eyadéma, se poursuive et aboutisse le plus rapidement possible". Alors que le Togo est étranglé économiquement par l'interruption de l'aide de l'UE depuis 1993 suite aux violences ayant émaillé le processus politique, Jacques Chirac a été très actif pour convaincre ses pairs européens de normaliser les relations avec Lomé. Une normalisation partielle a été décidée le 15 novembre par l'UE, en raison d'engagements pris par le pouvoir de Lomé, dont certains, tels que l'ouverture du dialogue avec l'opposition, avaient été mis en oeuvre.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / ALGERIE
Décès du président Eyadéma: "vive émotion" du président Bouteflika
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a exprimé sa "vive émotion" à la suite du décès samedi du président togolais Gnassingbé Eyadéma, dans un message adressé dimanche au président de l'Assemblée nationale togolaise Fambaré Ouattara Natchaba. "La disparition brutale de ce grand homme d'Etat n'est pas seulement une perte pour le peuple togolais. Elle l'est également pour tous ceux qui se souviendront de son militantisme en faveur de la promotion de l'idéal panafricain et de son action inlassable en faveur de l'instauration de la paix et de la sécurité en Afrique", écrit M. Bouteflika dans son message de condoléances. "Je garde personnellement un souvenir inestimable de ce leader africain qui a toujours eu à coeur de renforcer les relations d'amitié et de coopération entre l'Algérie et le Togo. Avec sa disparition, nous venons de perdre un ami d'une fidélité absolue", a-t-il ajouté.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA
Togo: le président de l'Assemblée ne veut pas rentrer immédiatement
Le président de l'Assemblée nationale togolaise, Fambaré Natchaba Ouattara, qui se trouve au Bénin, "ne souhaite pas retourner à Lomé tant que la situation n'est pas stabilisée", a affirmé dimanche un diplomate béninois qui s'est entretenu avec lui. M. Ouattara qui devait constitutionnellement assurer l'intérim après le décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma, est arrivé samedi soir au Bénin à bord d'un vol d'Air France dérouté sur Cotonou après la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes du Togo. Les autorités béninoises avaient annoncé dimanche matin que M. Ouattara serait conduit dans la journée à la frontière Bénin-Togo pour regagner son pays. Mais le responsable togolais "s'est désisté au dernier moment. Il ne souhaite pas retourner à Lomé tant que la situation n'est pas stabilisée", selon le diplomate béninois qui a requis l'anonymat.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / DROITS DE L'HOMME
Des militants africains réclament la fin de "la dictature militaire" au Togo
La Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho) a réclamé dimanche "une action urgente pour barrer la route à la poursuite de la dictature militaire au Togo" après le décès du président Gnassingbé Eyadéma et la désignation par l'armée d'un de ses fils au pouvoir. Cette action est "absolument nécessaire pour éviter les conséquences qu'un tel coup d'Etat pourrait entraîner dans une sous-région particulièrement éprouvée, fragilisée par des conflits, des sorties de crises laborieuses et des crises en état de latence", écrit cette organisation basée à Dakar dans un communiqué. "Le Togo est devenu l'otage du clan Eyadéma" et "c'est justement pour perpétuer +le système Eyadéma sans Eyadéma+ que le coup d'Etat a été soigneusement préparé et froidement exécuté pour installer le fils du président Eyadéma en violation de l'article 65 de la Constitution du Togo", poursuit le communiqué. La Raddho a également invité "toutes les organisations de la société civile et de la diaspora à manifester devant toutes les ambassades togolaises en Afrique et dans le monde".

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / UE
L'Union Européenne met en garde le Togo: l'aide dépendra de la légalité (par Michael THURSTON)
Le Commissaire européen au Développement et à l'action humanitaire, Louis Michel, a appelé dimanche les responsables togolais au "respect strict des procédures prévues par la Constitution" au Togo, après le décès du président Gnassingbé Eyadéma. "J'en appelle au respect strict des procédures prévues par la Constitution. Toute autre démarche ne pourrait qu'hypothéquer la stabilité du pays, le dialogue politique interne ainsi que les perspectives d'amélioration des relations avec l'Union européenne", a-t-il souligné dans un communiqué. L'UE, principal contributeur du Togo, avec la France, avait interrompu son aide en 1993 après les violences ayant émaillé le processus de démocratisation. Bruxelles avait décidé en novembre de normaliser partiellement ses relations avec Lomé, en raison d'engagements pris par le pouvoir togolais, dont certains, tels que l'ouverture du dialogue avec l'opposition, avaient été mis en oeuvre. Le président Eyadéma avait annoncé en décembre son intention de dissoudre l'Assemblée nationale et d'organiser des élections législatives anticipées en mars ou avril 2005, ce qui devait permettre de normaliser complètement les relations avec l'UE. M. Michel s'est gardé de faire explicitement référence dimanche dans son communiqué aux conséquences financières d'un arrêt de ce processus de réformes, mais cette normalisation devait déboucher sur le déblocage de quelque 40 millions d'euros. "Les responsables togolais ne doivent pas rêver d'une reprise de l'aide si la solution de succession n'a pas de fondement constitutionnel", a déclaré sous couvert d'anonymat une source communautaire. Les appels au respect de la légalité constitutionnelle se sont multipliés depuis l'annonce de l'installation au pouvoir de Faure Gnassingbé, une mesure que l'Union Africaine a notamment dénoncé comme étant un "coup d'Etat". Une source européenne soulignait dimanche sous couvert d'anonymat que l'UE partageait cette analyse: "L'armée est impliquée. L'avion du président du parlement a été empêché d'atterrir. C'est bien un coup d'Etat militaire". M. Michel, qui s'était rendu fin décembre à Lomé, suivait de près dimanche l'évolution de la situation au Togo. Dès samedi, il avait appelé tous les responsables politiques à faire preuve de sérénité et les avait invités à rester solidaires et à poursuivre le processus de dialogue.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / FRANCE / DEFENSE
Mise en alerte des troupes françaises proches du Togo (ministre)
La France a mis dimanche en alerte ses troupes présentes dans la région du Togo, au lendemain du décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma, a indiqué le ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie sur la radio française Europe 1. "Nous avons mis nos troupes en alerte si besoin en était. Nous espérons que la sagesse prévaudra et qu'effectivement les choses vont rentrer dans l'ordre. Pour l'instant le calme règne à Lomé, il n'y a pas de menace particulière. Nous sommes simplement vigilants", a déclaré Mme Alliot-Marie. Mme Alliot-Marie a précisé qu'avaient été mises en alerte "les forces qui sont aux alentours et qui pourraient avoir besoin d'intervenir pour protéger nos compatriotes". La France dispose de troupes prépositionnées notamment au Gabon, au Sénégal et en Côte d'Ivoire. Quelque 2.500 Français vivent au Togo. Le ministre a rappelé que "le temps des coups d'Etat militaire en Afrique est terminé" et que la constitution togolaise devait être respectée. "Elle prévoit qu'il y ait des élections dans les deux mois et cela doit avoir lieu", a insisté Mme Alliot-Marie, qui a rappelé que la Constitution togolaise prévoit également que le président de l'Assemblée nationale assure l'intérim. Le président français Jacques Chirac a prôné dimanche, au lendemain du décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma, le retour à l'ordre constitutionnel au Togo après que les instances africaines ont qualifié de coup d'Etat l'installation au pouvoir d'un fils du président défunt.

6 FÉVRIER 2005 -  GABON / TOGO / DECES / EYADEMA / POLITIQUE 
Togo: Omar Bongo appelle à "respecter les constitutions"
Le président gabonais Omar Bongo Ondimba a qualifié dimanche de "grande perte pour l'Afrique" le décès la veille de son homologue togolais Gnassingbé Eyadéma et appelé au respect des règles constitutionnelles, tout en refusant de commenter le processus de succession. "C'est une grande perte pour l'Afrique", a déclaré le président Bongo à la presse à Libreville. "Le tort dans nos pays aujourd'hui, quand un président meurt, c'est qu'il y a une effervescence, des décisions prises à l'emporte-pièce. Dans d'autres pays, comme en Europe, cela est organisé, on se fie à la Constitution", a-t-il poursuivi. "Les constitutions, il faut les respecter", a répété le président Bongo tout en précisant: "mais je ne critique personne". L'armée togolaise a annoncé samedi qu'elle "confiait" le pouvoir à un des fils du rpésident défunt, Faure Gnassingbé, contrevenant ainsi à la Constitution qui prévoit que l'intérim est assuré par le président de l'Assemblée nationale et suscitant de multiples condamnations internationales, notamment de l'Union africaine (UA). "Moi je me garde de faire des commentaires; le président est mort, enterrons-le. Disons simplement aux Togolais: +il faut respecter la mémoire de celui qui est mort et les textes qu'il a laissés, notamment la Constitution+", a poursuivi le président gabonais. M. Bongo, arrivé au pouvoir en novembre 1967, quelques mois après le général Eyadéma, a évoqué à demi-mots sa propre succession. "Je veux bien faire confiance à tout le monde. Mais est-ce que ceux à qui je fais confiance pourront m'enterrer librement à l'heure où Dieu m'appelle?", a-t-il déclaré, sans plus de précision.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / POLITIQUE
Vacance du pouvoir: les députés votent la révision de la Constitution
Les députés de l'Assemblée nationale togolaise ont voté dimanche en séance extraordinaire la révision de l'article 65 de la Constitution portant sur la vacance du pouvoir en cas de décès du chef de l'Etat. Dans son ancienne version, l'article 65 prévoyait qu'"en cas de vacance de la présidence de la république par décès, la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l'Assemblée nationale" et l'organisation d'une élection présidentielle "dans les soixante jours de l'ouverture de la vacance". Le nouvel article 65 a supprimé le mot "provisoirement", et ne fait plus mention d'organisation d'un scrutin présidentiel. Les députés lui ont en revanche ajouté la phrase suivante: "le nouveau président de la République exerce ses fonctions jusqu'au terme du mandat de son prédécesseur". 61 députés, sur les 81 que compte le parlement, étaient présents à la séance extraordinaire et ont voté à main levée, et à l'unanimité, la révision des articles 65 et 144 de la Constitution, ainsi que la modification de l'article 203 du code électoral. L'article 144 de la Constitution stipulait qu'"aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie en période d'intérim ou de vacance ou lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire". Les députés togolais l'ont épuré de la manière suivante: "aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire" Enfin, ils ont modifié l'article 203 du code électoral, permettant à un ministre de retrouver son mandat de député en cas de démission de ses fonctions ministèrielles. Faure Gnassingbé était ministre dans le gouvernement, mais était auparavant député. Présidée par le président de la Commission des lois, Esso Solitoki, la séance a été ensuite suspendue, et devait reprendre dans la soirée pour élire le nouveau président de l'Assemblée.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / POLITIQUE
Faure Gnassingbé élu président de l'Assemblée togolaise par les députés
Le fils du président togolais Gnassingbé Eyadéma, Faure Gnassingbé, a été élu dimanche soir président de l'Assemblée nationale togolaise, après modification de la Constitution par les députés pour lui permettre de succéder légalement à son père décédé. Faure Gnassingbé, désigné samedi par l'armée togolaise pour succéder au président Eyadéma, a été élu président de l'Assemblée nationale, à l'unanimité de 67 députés, sur un total 81, qui participaient à une séance extraordinaire. Peu auparavant, les députés avaient voté la modification de deux articles de la Constitution, notamment l'article 65 portant sur la vacance du pouvoir en cas de décès du chef de l'Etat. Ils avaient ensuite adopté la destitution du président du parlement, Fambaré Natchaba Ouattara, qui devait constitutionnellement assurer l'intérim du président décédé. Diffusé en direct à la télévision nationale, le vote a eu lieu à bulletin secret, en présence de M. Gnassingbé, unique candidat, arrivé peu avant dans l'hémicycle. "Dans l'immense tristesse qui nous étreint tous avec la disparition du père de la nation, je ressens comme un immense honneur la responsabilité que vous venez de me confier", a déclaré à la tribune M. Gnassingbé, immédiatement après son élection. "Soyez assuré que j'ai pour chacun et pour chacune d'entre vous une immense reconnaissance. Sachez aussi que j'entends exercer mon action dans la continuité de l'action menée par mon illustre prédécesseur", a-t-il poursuivi. "Le Togo s'est engagé sans réserve dans un processus de démocratisation et d'ouverture que j'entends conduire jusqu'au bout avec votre précieux concours", a affirmé le nouvel homme fort du pays. "Notre seul souci doit être le bien-être des populations valeureuses de notre pays et j'aurais besoin de tout votre soutien pour promouvoir un meilleur Togo pour tous", a-t-il conclu, sous les applaudissements de la salle.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA
Faure Gnassingbé, un héritier choisi avant sa mort par le président Eyadéma
Le fils du président Gnassingbé Eyadéma décédé samedi, Faure Gnassingbé, est devenu à 39 ans le nouvel homme fort du Togo après avoir été au centre du dispositif mis en place par son père pour lui succéder au pouvoir. Faure Gnassingbé a pour mère une femme Atakpamé, originaire de la région des plateaux dans le sud du pays (alors que le général Eyadéma était un Kabyé venu du nord du Togo). Il a suivi des études de finances et de gestion en France et aux Etats-Unis, où il a obtenu un Master en Business Administration (MBA), avant de rentrer au pays au milieu des années 1990. "Faure", comme l'appellent communément ses proches, exerçait jusqu'à samedi les fonctions de ministre des Mines, de l'équipement et des télécommunications au sein de l'actuel gouvernement. Il était surtout le "grand argentier" et conseiller financier de son père, dans les domaines des phosphates, de la téléphonie ou de la prospection pétrolière. Il suivait les intérêts de la famille au sein de plusieurs entreprises "privatisées" et installées dans la zone franche de Lomé (dirigée par son frère Kpatcha Gnassingbé). Homme discret, réputé habile, Faure Gnassingbé est considéré comme le chef du "clan des progressistes" au sein du Rassemblement du peuple togolais (RPT, parti présidentiel), dont il est également député pour la circonscription de Blitta (centre). Outre l'armée, il peut en théorie compter sur le soutien de plusieurs ministres du gouvernement de son père: les ministres de l'Intérieur, Akila-Esso Boko; de la Justice, Katari Foli-Bazi; de la Communication, Pitang Tchalla; ou encore le secrétaire-général du RPT, Dama Dramani.

 


15:52 Écrit par K. Kpadja | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/11/2005

CHRONOLIGIE DES EVENEMENTS DU MOIS DE FEVRIER 2005

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES
Le président togolais Gnassingbé Eyadéma est mort (officiel)
Le président togolais Gnassingbé Eyadéma est mort samedi matin alors qu'il était évacué du pays pour recevoir des soins, a annoncé samedi soir le gouvernement togolais dans un communiqué. "Le Togo vient d'être frappé par un grand malheur. Il s'agit d'une véritable catastrophe nationale. Le président n'est plus", indique le texte. "Il a rendu l'âme ce samedi matin 5 février alors qu'il était évacué d'urgence pour des soins à l'extérieur du pays", précise le texte. "Ce deuil cruel dont est victime notre pays à une période de notre vie commune doit nous inciter à préserver la paix et l'unité nationale qui sont nous atouts les plus précieux", poursuit le communiqué. Le peuple togolais "dans toutes ses composantes politiques, sociales, religieuses et traditionelles, doit éviter de sombrer à nouveu dans le chaos, la division et l'anarchie". "Le gouvernement, les forces armées et de sécurité, veilleront à ce que l'ordre, la sécurité et la paix règnent sur toute l'étendue du territoire national", assure le communiqué. Ce texte a été lu à 19H00 locales et GMT à la radio nationale par le Premier ministre Kofi Sama.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES
Décès du président Eyadéma: le Togo ferme ses frontières
Le gouvernement togolais a ordonné samedi soir le bouclage immédiat des "frontières terrestres, maritimes et aériennes" du pays suite à la mort du président togolais Gnassingbé Eyadéma, a-t-on appris de source officielle.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / PORTRAIT
Gnassingbé Eyadéma, 38 ans années à la tête du Togo (Portrait)
"Dinosaure" d'une Afrique des dictatures selon les uns, rempart de stabilité face à des "opposants irresponsables" pour les autres, Gnassingbé Eyadéma est décédé samedi à 69 ans, dont 38 passés à la tête du Togo. Doyen des chefs d'Etat africains en exercice, l'homme aux éternelles lunettes noires avait pris le pouvoir en janvier 1967 à l'occasion d'un coup de force et avait été réélu pour la dernière fois en juin 2003. Il aurait dû constitutionnellement passer la main cette année là, mais un opportun remaniement de la Constitution à quelques mois de l'élection présidentielle lui avait finalement rouvert les portes de Lomé 2, le siège de la présidence, pour un troisième quinquennat. Confronté aux critiques internes et étrangères sur la bonne gouvernance, les droits de l'Homme et la pratique démocratique, le massif général Eyadéma restait imperturbable. Il dénonçait régulièrement l'"injustice" des ONG internationales qui accusaient tout aussi souvent son régime de violations des droits de l'Homme, les accusant de mener des "campagnes de dénigrement". Il vantait en retour la démocratie "à la togolaise", fondée sur "la sécurité et la paix". Gnassingbé Eyadéma est né dans une famille paysanne le 26 décembre 1935 à Pya, un village du pays Kabyé, dans le nord du pays. Champion de lutte traditionnelle, il s'engage dans l'armée française: Bénin, Indochine, Algérie, Niger. Le sergent-chef Eyadéma rentre au pays en 1962, deux ans après l'indépendance. Son histoire personnelle commence alors à se confondre avec celle de cette ancienne colonie allemande. En témoigne la toponymie de Lomé, où de nombreuses avenues ou bâtiments ont été baptisés de noms ou de dates associés à des événements de sa vie. En janvier 1963, il participe au renversement du premier président du Togo indépendant, Sylvanus Olympio, tué et remplacé par Nicolas Grunitsky. Chef d'état-major en 1965, Eyadéma prend le pouvoir le 13 janvier 1967. Le 15 avril il est président de la République, chef du gouvernement et ministre de la Défense. Au cours des décennies à la tête du pays, le "Patron" (un de ses surnoms) échappe à au moins sept complots et tentatives d'attentats. Il garde comme une relique dans un coffret vitré un petit bloc-notes où s'est fiché une balle qui lui était destinée. Après la chute du mur de Berlin et le discours de La Baule du président français François Mitterrand sur la démocratisation et la bonne gouvernance en Afrique, il accepte bon gré mal gré fin octobre 1990 un "multipartisme discipliné et contrôlé". S'en suivront grèves et affrontements, puis une "conférence nationale" qui lui imposera un Premier ministre. Cette transition se termine brutalement en décembre 1991 avec les chars dans Lomé, qui tirent sur les bureaux du chef du gouvernement. Le chef de l'Etat reprend alors les rênes. Aidé par les divisions des opposants, qu'il sait lui-même aviver, il est réélu en 1993 et 1998 lors d'élections dont la régularité est contestée par l'opposition, dont certains partis boycottent les scrutins. En juillet 1999, pouvoir et opposition signent des accords pour tenter de sortir de dix ans de crise, et décident de la tenue d'élections législatives. Après plusieurs reports, elles ont finalement lieu fin 2002 et consacrent, sans surprise, la suprématie du Rassemblement du Peuple Togolais, le RPT fondé par le président Eyadéma. Etranglé économiquement après que l'Union européenne ait interrompu son aide en 1993 suite aux violences ayant émaillé le processus politique, le général Eyadéma avait récemment repris le dialogue avec l'opposition et annoncé la tenue de législatives en mars ou avril prochain. Suite à ces engagements, l'UE avait décidé en novembre de normaliser partiellement ses relations Lomé.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / PORTRAIT / CHRONOLOGIE
Les grandes dates depuis l'arrivée au pouvoir de Gnassingbé Eyadéma
Voici les grandes dates du Togo depuis l'arrivée au pouvoir du président Gnassingbé Eyadéma en 1967:
- 13 jan 1967: Le lieutenant-colonel Gnassingbé Eyadéma, chef d'état-major, accède au pouvoir, après avoir renversé le président Nicolas Grunitzky, qu'il avait contribué à mettre en place en 1963 à l'issue d'un premier coup d'Etat. En avril, il devient officiellement chef de l'Etat.
- 9 jan 1972: Le général Eyadéma est confirmé dans ses fonctions.
- 13 jan 1980: Proclamation de la IIIe République.
- 24 sept 1986: Attaque d'un commando à Lomé, venu du Ghana selon les autorités togolaises. Celles-ci mettent en cause le Ghana et le Burkina Faso, qui démentent. A la demande du président Eyadéma et en vertu des accords militaires franco-togolais, des soldats français débarquent à Lomé.
- 5 oct 1990: Début de violences politiques, après la dispersion par l'armée d'une manifestation de soutien à de jeunes opposants. Les troubles politiques et sociaux au début des années 1990 ont fait plusieurs centaines de morts.
- 8 juil-28 août 1991: Une conférence nationale met au banc des accusés le régime du président Eyadéma, dénonçant tortures et assassinats. Elle opte pour un régime semi-présidentiel et institue un Haut conseil de la République (HCR). Mais après une période de transition, le général Eyadéma, soutenu par l'armée, reprendra progressivement toutes ses prérogatives de chef de l'Etat.
- 27 sept 1992: Adoption d'une nouvelle Constitution.
- 16 nov 1992: Début d'une grève générale de plusieurs mois pour obtenir la neutralité politique de l'armée.
- 25 jan 1993: La police tire sur une manifestation de l'opposition à Lomé: au moins 16 morts (sources médicales), plus de 50 selon l'opposition. La Communauté européenne suspend sa coopération. 
- 25 mars 1993: Le général Eyadéma échappe à une attaque lancée contre sa résidence officielle. Il avait déjà été l'objet de plusieurs tentatives d'attentats ou de complots.
- 21 juin 1998: Il est réélu lors d'un scrutin contesté par l'opposition, qui revendique la victoire pour le candidat de l'Union des forces de changement (UFC) Gilchrist Olympio.
- 21 mars 1999: Le Rassemblement du peuple togolais (RPT) du président Eyadéma remporte la quasi-totalité des sièges du Parlement lors de législatives boycottées par l'opposition. 
- 5 mai 1999: Amnesty International affirme, dans un rapport intitulé "Le règne de la terreur", que des centaines de personnes ont été exécutées extra-judiciairement et leurs corps jetés à la mer, après la proclamation des résultats de l'élection de 1998. Lomé rejette les accusations. 
- 10-12 juil 1999: 36ème sommet des chefs d'Etat de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) à Lomé, qui signent l'acte constitutif de l'Union africaine (UA). 
- 23 juil 1999: Le président Eyadéma s'engage à quitter le pouvoir en 2003 à la fin de son mandat. 
- 29 juil 1999: La mouvance présidentielle et l'opposition signent l'Accord-cadre de Lomé pour tenter de résoudre la crise politique. Mais le suivi du dialogue connaîtra de nombreuses pannes.
- 13 jan 2001: Le Ghana affirme qu'il ne tolérera plus que son territoire soit utilisé pour mener des attaques contre le Togo. Ce pays a accusé à de nombreuses reprises le Ghana d'avoir servi de base à des attaques armées contre son territoire.
- 8 fév 2002: Le Parlement procède à la modification du code électoral, déclenchant la colère de l'opposition. 
- 27 juin 2002: Le Premier ministre Agbéyomé Kodjo est démis de ses fonctions. M. Kodjo, qui affirme avoir pris la décision de démissionner, se lance dans une diatribe d'une rare violence contre le chef de l'Etat et son régime. 
- 27 oct 2002: Législatives anticipées boudées par les principaux partis d'opposition dits "traditionnels". Le scrutin était prévu depuis trois ans et reporté deux fois. Le RPT confirme sa suprématie à l'Assemblée.
- 30 déc 2002: Le Parlement modifie l'article 59 de la Constitution qui limitait à deux le nombre de mandats présidentiels, ouvrant la voie à une nouvelle candidature d'Eyadéma.
- 2 mai 2003: La candidature de l'opposant Gilchrist Olympio à la présidentielle n'est pas retenue par la Commission électorale pour cause de "dossier incomplet". Le 21, Gilchrist Olympio dénonce "le coup d'Etat permanent" du chef de l'Etat. 
- 1er juin 2003: Le président Eyadéma est réélu pour un troisième mandat de cinq ans avec 57,78% des voix lors d'un scrutin dont les résultats sont contestés par plusieurs dirigeants d'opposition. Le 20, il prête serment devant sept chefs d'Etat africains.
- 5 fév 2005 : Le président Eyadéma est mort samedi matin alors qu'il était évacué du pays pour recevoir des soins.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / FRANCE
Le président Chirac regrette la disparition d'Eyadéma, un "ami de la France"
Le président français Jacques Chirac a présenté ses condoléances à la famille du président togolais Gnassingbé Eyadéma, mort samedi alors qu'il était évacué du pays pour recevoir des soins, disant regretter la disparition "d'un ami de la France", indique un communiqué de l'Elysée. "C'est avec une profonde tristesse que j'apprends le décès soudain de Gnassingbé Eyadéma, président de la République du Togo", a déclaré M. Chirac, cité dans le communiqué. "Avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel. Dans ces heures douloureuses, j'adresse à sa famille mes très sincères condoléances", a ajouté le président français. "Mes pensées se tournent vers le peuple togolais. Il se trouvera, j'en suis sûr, démocratiquement rassemblé dans cette épreuve qui intervient au moment même où des perspectives nouvelles se faisaient jour pour le Togo", a poursuivi le président Chirac. "Je suis certain que l'Afrique ressent cruellement la perte de celui qui, depuis tant d'années, consacrait ses efforts à la coopération régionale, à la médiation et à la recherche de la paix", a conclu le chef de l'Etat français.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / OPPOSITION
Le principal opposant souhaite que la mort d'Eyadéma permette la démocratie
Le principal opposant au président togolais Gnassingbé Eyadéma, Gilchrist Olympio, a souhaité que la mort samedi du chef de l'Etat permette que le "Togo se mette sur le chemin de la démocratie". "Je souhaite des élections transparentes et libres dans les deux, trois prochains mois", a-t-il ajouté. Gilchrist Olympio, qui vit en exil depuis une tentative d'assassinat contre lui en 1992, a l'intention de se rendre au Togo "après en avoir parlé avec son parti", l'Union des forces du changement (UFC). "J'ai toujours mené une opposition à un régime politique même s'il a asssassiné mon père", a ajouté M. Olympio. En janvier 1963, Eyadéma avait participé activement au renversement du premier président Sylvanus Olympio, le père de Gilchrist. L'opposant a également déclaré qu'il souhaitait que les engagements démocratiques pris par le Togo vis à vis de l'Union européenne, qui avait suspendu ses aides en 1992 en raison de la répression de l'opposition, "soient mis en oeuvre". Des élections législatives étaient notamment prévues pour le premier semestre 2005.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / UA
Togo: l'Union africaine dénonce "un coup d'Etat militaire"
Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré, a dénoncé samedi "un coup d'Etat militaire" au Togo, après le décès du président Gnassingbé Eyadéma et l'annonce que les l'armée avait décidé de "confier" le pouvoir à un des fils du chef d'Etat défunt. "Ce qui est en cours au Togo, appelons les choses par leur nom, c'est une prise de pouvoir par l'armée, c'est un coup d'Etat militaire", a déclaré M. Konaré à Addis Abeba, où siège l'UA. "Il est clair que l'Union africaine ne peut pas souscrire à une prise de pouvoir par la force, il est donc important qu'on en revienne au respect des règles constitutionnelles", a-t-il ajouté. "L'article 65 de la Constitution togolaise est clair: +en cas de vacance de la présidence de la République par décès, mission ou empêchement définitif, la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l'Assemblée nationale+", a-t-il souligné en lisant le texte. "Cet intérim doit s'exercer en attendant l'organisation d'élections que nous souhaitons régulières, transparentes, ouvertes et sans exclusive", a poursuivi M. Konaré. "Tous ceux qui veulent être président peuvent participer dans ce contexte à ces élections. Toute autre chose est contraire à l'esprit de la Constitution", a-t-il insisté. "C'est à Lomé qu'a été faite la déclaration de l'Union africaine condamnant la prise de pouvoir par la force", a-t-il conclu, en référence à l'Acte constitutif de la nouvelle organisation continentale, qui a succédé en 2002 à l'Organisation de l'union africaine (OUA). "L'Union africaine devra contribuer à l'ouverture du jeu politique", avait déclaré M. Konaré un peu plus tôt, avant d'apprendre que l'armée togolaise avait décidé de "confier" le pouvoir à un des fils du président Eyadéma. "Nous proposerons rapidement une rencontre des chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et de l'Union africaine pour suivre l'évolution de la situation", avait-il ajouté. Le président de l'UA, le chef d'Etat nigérian Olusegun Obasanjo, aurait décidé que cette réunion se tiendrait dimanche après-midi à Lomé, selon des informations officieuses au sein de l'UA à Addis Abeba.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES
Décès du président togolais Eyadéma, l'armée "confie" le pouvoir à son fils (par Emile KOUTON)
Le président togolais Gnassingbé Eyadéma, 69 ans, est mort samedi, après un règne sans partage et controversé de 38 ans, alors qu'il était évacué du pays pour recevoir des soins, et l'armée a immédiatement annoncé qu'elle "confiait" le pouvoir à l'un de ses fils. Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré, a dénoncé dans cette mesure "un coup d'Etat militaire", demandant "qu'on en revienne au respect des règles constitutionnelles". Le Premier ministre Koffi Sama avait annoncé la mort du général Eyadéma à 19H00 (locales et GMT), lisant un communiqué à la radio nationale: "Le Togo vient d'être frappé par un grand malheur. Il s'agit d'une véritable catastrophe nationale. Le président n'est plus". Le général Eyadéma est décédé "alors qu'il était évacué d'urgence pour des soins à l'extérieur du pays", selon le texte, sans préciser vers quel pays. Moins de deux heures plus tard, le chef d'état-major des Forces armées togolaises (FAT), le général Zakari Nandja, intervenait à la télévision pour annoncer que l'armée décidait de "confier" le pouvoir à Faure Eyadéma, un des fils du président défunt, né en 1966 et ministre de l'Equipement et des Mines. La télévision a ensuite montré le chef d'état-major saluant Faure Eyadéma, et disant : "Nous déclarons vous servir loyalement à partir de cet instant". Les principaux officiers supérieurs des forces armées ont également été montrés lui faisant allégeance. La Constitution togolaise prévoit qu'"en cas de vacance de la présidence de la république par décès, la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l'Assemblée nationale" et l'organisation d'une élection présidentielle "dans les soixante jours de l'ouverture de la vacance". "Le président de l'Assemblée étant absent du territoire national, et pour ne pas laisser perdurer cette situation, les FAT ont décidé de confier le pouvoir à Faure Eyadéma à partir de ce jour", a déclaré le général Nandja, affirmant que l'armée "se trouve devant l'évidence que la vacance du pouvoir est totale". Le président de l'Assemblée, Fambaré Natchaba Ouattara, est membre du parti présidentiel Rassemblement du Peuple Togolais (RPT). Selon l'opposition togolaise il se trouvait samedi soir dans un avion pour le Togo après une tournée en Europe. "Ce qui est en cours au Togo, appelons les choses par leur nom, c'est une prise de pouvoir par l'armée, c'est un coup d'Etat militaire", a déclaré M. Konaré à Addis Abeba, où siège l'UA. "Il est clair que l'Union africaine ne peut pas souscrire à une prise de pouvoir par la force, il est donc important qu'on en revienne au respect des règles constitutionnelles", a-t-il ajouté. Dans un communiqué publié avant l'annonce du chef d'état-major, le président français Jacques Chirac a de son côté exprimé sa "profonde tristesse" après le décès d'un "ami de la France (et) ami personnel". La situation était calme samedi soir dans la capitale Lomé, où aucun déploiement militaire n'était visible, alors que radio et télévision diffusaient en boucle des chants religieux. Le gouvernement avait ordonné le bouclage immédiat des "frontières terrestres, maritimes et aériennes", assurant que "le gouvernement, les forces armées et de sécurité veilleront à ce que l'ordre, la sécurité et la paix règnent sur toute l'étendue du territoire national". A Paris, le principal opposant togolais, Gilchrist Olympio, a déclaré qu'il souhaitait que la mort d'Eyadéma permette au Togo de "se mettre sur le chemin de la démocratie", appelant à "des élections transparentes et libres dans les deux, trois prochains mois". M. Olympio vit en exil à Paris depuis une tentative d'assassinat contre lui en 1992. Le général Eyadéma, selon lui, est "mort d'une crise cardiaque dans l'avion qui le transportait en Israël pour des soins". Gnassingbé Eyadéma, qui avait pris le pouvoir le 13 janvier 1967 par un coup de force, faisait partie du dernier carré des "dinosaures" politiques africains, à la stature imposante et apparemment inamovibles. Ancien officier de l'armée française, il dirigeait le Togo avec fermeté et son régime a été régulièrement accusé de violer les droits de l'Homme. Réélu en 1979, 1986, 1993 et 1998, il avait été cependant contraint, après des émeutes en mars 1990, d'ouvrir le dialogue avec l'opposition et d'accepter le multipartisme. En 2001, il avait assuré qu'il quitterait le pouvoir en 2003 conformément à la Constitution, avant de faire modifier cette dernière et de se faire réélire pour un troisième mandat en juin 2003. Il était né le 26 décembre 1935 à Pya (nord du pays) dans une modeste famille paysanne protestante de l'ethnie Kabyé. Il a été la cible d'au moins sept complots ou tentatives d'attentats, dont deux impliquant des mercenaires en 1977 et 1986.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / UE
Appel au calme de l'Union européenne après le décès du président togolais
Le commissaire européen au Développement et à l'action humanitaire, Louis Michel, a déploré samedi le décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma et a appelé les dirigeants politiques du pays africain à agir avec calme et sérénité. Le représentant de l'Union européenne a appris avec "consternation" la mort du président Eyadéma, survenue samedi matin, a déclaré M. Michel dans un communiqué. "Compte tenu de la situation qui prévaut au Togo, (l'UE) appelle durant ces heures difficiles tous les responsables politiques à faire preuve de sérénité et les a invités à poursuivre le processus de dialogue déjà engagé", précise le communiqué

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / UA
Obasanjo: pas de transition non-constitutionnelle au Togo
Le président nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l'Union africaine (UA), a affirmé samedi que l'organisation "n'acceptera aucune transition non-constitutionnelle au Togo", après l'annonce que l'armée togolaise "confie" le pouvoir à un des fils du président Gnassingbé Eyadéma décédé. "Le président Obasanjo a affirmé que l'UA n'acceptera aucune transition non-constitutionnelle au Togo", a déclaré sa porte-parole Remi Oyo. "Le président Obasanjo a encouragé le peuple togolais à réclamer le respect de la Constitution nationale concernant le pouvoir intérimaire au Togo, qui aboutira à l'élection démocratique du président du Togo conformément à la Constitution", a poursuivi la porte-parole.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / ONU
Décès Eyadéma: Annan attristé, appelle à respecter la Constitution
Le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a exprimé "sa profonde tristesse" à l'annonce du décès samedi du président togolais Gnassingbé Eyadéma et appelé les autorités à assurer une transition "dans le respect de la Constitution". "Le secrétaire général est certain que les autorités togolaises prendront toutes les mesures pour préserver la stabilité dans le pays et assurer une transition pacifique et conforme à la Constitution et à la légalité", selon un communiqué de son porte-parole, Fred Eckhard. M. Annan souligne qu'en près de 40 ans au pouvoir, le général Eyadéma "a apporté une contribution significative à la résolution pacifique de conflits en Afrique". 

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / BENIN
Le président de l'Assemblée nationale togolaise dérouté au Bénin
Le président de l'Assemblée nationale du Togo, Fambaré Natchaba Ouattara, qui devait constitutionnellement assurer l'intérim après le décès du président togolais Gnassingbé Eyadéma, est arrivé samedi soir au Bénin à bord d'un vol d'Air France dérouté sur Cotonou. M. Ouattara est arrivé à l'aéroport de Cotonou à 22H00 locale (21h00 GMT) à bord d'un vol Air France à destination de Lomé détourné vers le Bénin après la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes du Togo suite au décès du général Eyadéma. Peu après l'annonce du décès du président Eyadéma, les Forces armées togolaises (FAT) ont "confié" le pouvoir à Faure Gnassingbé Eyadéma, un des fils du chef de l'Etat. La Constitution togolaise prévoit qu'en cas de vacance de la présidence de la République, le président de l'Assemblée nationale exerce l'intérim et qu'une élection présidentielle est organisée dans les soixante jours. M. Ouattara, membre du parti présidentiel Rassemblement du Peuple Togolais, a été accueilli à l'aéroport par le ministre de la Communication du Bénin, Frédéric Dohou, et par le président de l'Assemblée nationale du Bénin, Antoine Idji Kolawolé. Le responsable togolais a ensuite été installé dans un grand hôtel de la métropole béninoise. Les autres passagers du vol Air France étaient également bloqués à Cotonou en raison de la fermeture des frontières togolaises.

5 FÉVRIER 2005 -  TOGO / EYADEMA / DECES / UA / ONU
Succession Eyadéma: l'UA et l'Onu appellent au respect de la Constitution
L'Union africaine (UA) et l'Onu ont appelé les autorités togolaises à respecter la procédure de succession constitutionnelle, après le décès samedi du président Gnassingbé Eyadéma et l'annonce que l'armée avait décidé de "confier" le pouvoir à l'un des fils du chef d'Etat défunt. Ce qui est en cours au Togo, appelons les choses par leur nom, c'est une prise de pouvoir par l'armée, c'est un coup d'Etat militaire, a déclaré le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré. Il est clair que l'Union africaine ne peut pas souscrire à une prise de pouvoir par la force, il est donc important qu'on en revienne au respect des règles constitutionnelles, a-t-il indiqué à Addis Abeba, où siège l'organisation. Les Forces armées togolaises (FAT) ont décidé de "confier" le pouvoir à Faure Eyadéma, un des fils du président togolais défunt, a annoncé samedi soir à la télévision le chef d'état-major. La Constitution togolaise prévoit qu'en cas de vacance de la présidence de la république par décès, la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l'Assemblée nationale et l'organisation d'une élection présidentielle dans les soixante jours de l'ouverture de la vacance. Le président de l'Assemblée, Fambaré Natchaba Ouattara, membre du parti présidentiel Rassemblement du peuple togolais (RPT), devait regagner le pays depuis Paris par un vol d'Air France qui a été dérouté sur le Bénin voisin, où il est arrivé samedi dans la soirée. Le président nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l'UA, a lui aussi affirmé que l'organisation n'acceptera aucune transition non-constitutionnelle au Togo. Le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, exprimant sa profonde tristesse à l'annonce du décès du président togolais, a également appelé les autorités à assurer une transition dans le respect de la Constitution. Dans un communiqué le président français Jacques Chirac a présenté ses condoléances à la famille de Gnassingbé Eyadéma, disant regretter la disparition d'un ami de la France qui était aussi un ami personnel. Le commissaire européen au Développement et à l'action humanitaire, Louis Michel, a quant à lui appelé les dirigeants politiques du pays à faire preuve de sérénité et à poursuivre le processus de dialogue déjà engagé. Le peuple togolais et ses dirigeants doivent avoir un sens élevé de leurs responsabilités, a estimé de son côté le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, l'ancien président sénégalais Abou Diouf. Le président ivoirien Laurent Gbagbo a rendu hommage samedi soir à la mémoire du président togolais défunt, voyant dans cette disparition une grande perte pour l'Afrique de l'Ouest et la Côte d'Ivoire. Le roi Mohammed VI du Maroc a adressé ses condoléances à M. Faure Eyadéma, à la suite du décès de son père, en qui le Maroc a perdu un grand ami. Le message royal est adressé à M. Faure Eyadéma, président de la république togolaise, a indiqué l'agence officielle Map.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DÉCÈS / EYADEMA / CEDEAO
La CEDEAO "condamne fermement la prise du pouvoir par l'armée" au Togo
Le président de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), le chef de l'Etat nigérien Mamadou Tandja, a "condamné fermement la prise du pouvoir" samedi au Togo "par l'armée togolaise en violation des dispositions constitutionnelles" dans ce pays. "Le président en exercice constate avec une vive préoccupation la prise du pouvoir par les forces armées togolaises en violation des dispositions constitutionnelles", déclare la CEDEAO dans un communiqué. Dans ce communiqué, le président de la CEDEAO "condamne fermement cette prise du pouvoir anti-constitutionnelle" et "réaffirme l'attachement de la communauté" à ses principes qui s'opposent, notamment, aux "changements anti-constitutionnels de gouvernement en Afrique". M. Tandja "rappelle qu'aucun argument ne saurait justifier cette prise du pouvoir par la force et en appelle au sens de responsabilité des acteurs à la base de cette situation pour qu'ils procèdent à un rétablissement de l'ordre constitutionnel", poursuit le communiqué.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DÉCÈS / EYADEMA / DEUIL
Décès d'Eyadéma: le gouvernement décrète un "deuil national" de deux mois
Le gouvernement togolais a officiellement décrété dimanche un "deuil national" de deux mois "sur toute l'étendue du territoire" togolais, à la suite de la mort, samedi, du président Gnassingbé Eyadéma, a indiqué un communiqué du gouvernement. "Le gouvernement décrète à compter de ce jour, 6 février 2005, un deuil national de deux mois, au cours desquels les drapeaux seront mis en berne sur toute l'étendue du territoire national". "La tragique disparition du président a plongé l'ensemble du peuple togolais dans l'angoisse et la tristesse", déclare le texte, signé du Premier ministre et chef du gouvernement, Koffi Sama. "En ce moment de grande douleur, les Togolais, du sud au nord, de l'est à l'ouest, doivent comme par le passé demeurer soudés afin de répondre aux aspirations de celui qui fut l'artisan de l'unité nationale, de la paix sociale et de la concorde dans notre pays", poursuit-il. "La nation toute entière, dans un élan de solidarité, doit honorer la mémoire de l'illustre disparu qui a consacré toute sa vie pour notre bonheur individuel et collectif", ajoute le communiqué. Le changement à la tête de l'Etat n'a suscité aucune réaction populaire ou collective à Lomé, où la situation est calme depuis samedi soir.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DÉCÈS / EYADEMA / UA
L'UA n'acceptera aucun transfert de pouvoir anticonstitutionnel au Togo (Obasanjo)
L'Union africaine (UA) "n'acceptera aucun transfert anticonstitutionnel du pouvoir au Togo", a réaffirmé dimanche le président en exercice de l'organisme panafricain, le chef de l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo, au lendemain de la mort du président togolais Gnassingbe Eyadéma. L'UA "continuera d'œuvrer pour la démocratie en Afrique", a poursuivi M. Obasanjo dont une déclaration était lue dimanche matin par sa porte-parole, Remi Oyo. "L'UA souscrit aux seuls principes de la démocratie et le président Obasanjo s'est lui-même plié à ces principes", a ajouté la porte-parole. "Le président Obasanjo a encouragé le peuple togolais à réclamer le respect de la Constitution nationale concernant le pouvoir intérimaire au Togo, qui aboutira à l'élection démocratique du président du Togo conformément à la Constitution", avait indiqué samedi la porte-parole du président nigérian. D'autres chefs d'Etat africains et des organisations du continent se sont élevés contre la décision de l'armée de placer le fils d'Eyadema à la tête du pays.

6 FÉVRIER 2005 -  TOGO / DECES / EYADEMA / AFRIQUE DU SUD
Togo: l'Afrique du Sud appelle à "revenir aux dispositions constitutionnelles"
Le président sud-africain Thabo Mbeki a appelé dimanche le Togo à "revenir aux dispositions constitutionnelles qui gouvernent la succession du chef de l'Etat", au lendemain de la mort du président togolais Gnassingbè Eyadéma. "Le gouvernement sud-africain rejoint et fait sien l'appel de l'Union africaine aux autorités togolaises afin qu'elles reviennent aux dispositions constitutionnelles qui gouvernent la succession du chef de l'Etat", écrit M. Mbeki dans un communiqué. Thabo Mbeki adresse également ses condoléances au Togo en indiquant que "nos pensées et nos prières vont à la famille du président Eyadéma, au gouvernement et au peuple du Togo en cette période d'épreuve".

 


18:31 Écrit par K. Kpadja | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/11/2005

 SARAKAWA: vérité ou mensonge ?

Le mensonge de Sarakawa

Extrait de l’œuvre du combattant Andoch Nutepe BONIN « LE TOGO DU SERGENT EN GENERAL »

 … Fin Novembre 1973, sur la pression du Maroc, deuxième producteur mondial du phosphate après les Etats-Unis d’Amérique et par la suite le boom pétrolier, le prix du phosphate a flambé de 14 dollars à 42 dollars la tonne. Le directeur qui croyait bien faire, en informa très rapidement Gnassingbé qui en fut plutôt mécontent, furieux même, parce qu’il aurait souhaité que cela restât secret entre lui et son escroc de « conseiller économique ». Car, depuis qu’à la suite du rachat par le Togo des actions de Grace (NB: autre actionnaire de la CTMB), la CTMB a payé une forte somme à Gnassingbé, il commença à rêver et comptait bâtir sa fortune sur le phosphate.

Avec cette nouvelle situation, la flambée du prix du phosphate, Gnassingbé a décidé d’agir rapidement. Il convoqua les représentants de la CTMB qu’il informa de sa volonté de porter la participation du Togo dans la société à 51% et de faire assurer par le Togo la marketing du phosphate. Ce dernier aspect de la chose lui a été conseillé par son conseiller économique, lequel lui a fait croire à l’établissement d’un pont d’or. Les négociations ont été encore une fois longues mais secrètes, directement entre Gnassingbé, assisté de son conseiller occulte et la CTMB. Pour le corrompre et l’amener à ne pas insister à faire assurer la commercialisation par le Togo, 1 milliard 500 millions de francs CFA lui ont été proposé, mais Gnassingbé en voulait plus : 3 milliards pour abandonner, et l’idée de la commercialisation du produit par le Togo, et la prise d’une participation majoritaire. Après une longue réticence de la CTMB à payer à Gnassingbé les 3 milliards, et Gnassingbé insistant sur son chiffre, ou bien il mettait à exécution ses menaces, la CTMB, coincée, a fini par accepter de payer la somme. L’accord obtenu, Gnassingbé voulut célébrer l’événement. Pour ce faire, il organisa dans la nuit du mercredi 23 Janvier 1974, un grand dîner au camp militaire de Lomé. Au cours de ce dîner, il annonça une amnistie générale aux exilés


politiques, les invitant à rentrer « pour construire le pays dans la concorde et l’unité ».

Cet appel au retour au bercail lancé le 23 janvier, Gnassingbé avait proposé la date du samedi 2 février pour accueillir et recevoir ces « enfants prodigues » dans l’amitié et la fraternité. Cette invitation aux exilés politiques à rentrer était un moyen génialement trouvé par Gnassingbé pour couvrir son escroquerie. brader le phosphate, l’unique richesse du pays contre une amnistie-attrape-nigauds. La preuve est bien là qu’ après son retour, ayant déjà eu cet accident derrière lequel se cacher, on entendit plus jamais parler de l’amnistie générale.


La fête pour célébrer les 3 milliards de Gnassingbé ayant commencé le mercredi 23 janvier par le grand dîner dont nous avons parlé, elle devait continuer le lendemain 24 à Pya. Gnassingbé devait donc quitter Lomé le jeudi 24 avec un DC3 de l’armée. Ce petit avion prenait un maximum de 14 passagers et deux membres d’équipage, le pilote et le copilote mécanicien. Mais comme la logique cartésienne n’a rien de semblable avec le raisonnement bantou, comme nous l’avait prouvé l’incident de la viande putréfiée et puante de l’hippopotame, les normes internationales de l’aviation n’ont pas de valeur dans le monde hasardeux du primaire Gnassingbé Etienne. Le matin du départ de Lomé, ce jeudi 24 janvier, il se trouvait à l’aéroport plus de personnes désireuses de voyager que l’avion ne pouvait prendre. Outre des quatorze personnes ayant trouvé des sièges dans l’avion, cinq autres ont réussi à s’introduire dans l’appareil causant une rupture dans l’équilibre en vol de celui-ci(..).

En dehors de la surcharge de l’avion, il y a un autre élément, aussi grave, tout aussi capable de causer un accident : la piste de fortune de Sarakawa. Jusqu’ à tout récemment, il n’y avait pas d’aviation dans les environs de Pya. Pour les week-ends de Gnassingbé dans son village natal, une piste a été déblayée dans les environs du hameau de Sarakawa, hameau situé à une douzaine de kilomètres de Pya. Cette piste est encaissée dans la montagne et on la prend à son début dès la limite de décrochage. Or avec la surcharge, l’équilibre ayant été rompu tout au long du vol, il n’a pas été possible au pilote d’amorcer le décrochage à sa juste limite.

Au moment de l’atterrissage, l’appareil avait perdu son équilibre et à 50 mètres d’altitude, avait chuté pour s’écraser au sol. Comme nous l’avons dit, outre les quatorze personnes assises, cinq autres étaient debout parmi lesquelles le commandant Bertrant Delaire, conseiller militaire du Président de la république. Des cinq personnes qui étaient debout, quatre moururent ainsi que le pilote, le capitaine Cattin et son copilote. En dehors de légères égratignures, toutes les quatorze personnes assises et ayant mis leur ceinture de sécurité ont toutes survécu à l’accident. Parmi elles Gnassingbé Etienne. Mais le fait que personne parmi tous ceux qui avaient une place assise ne fut même pas grièvement blessée, n’avait pas empêché Gnassingbé le mythomane de demander à ses gens de crier au mystère. Il serait le seul miraculé et aurait même été sauvé par des anges.(…)

Quelques jours plus tard fut organisé une grande mise en scène sur le retour triomphal de Gnassingbé. L’accident a eu lieu le jeudi 24 et il en était suffisamment indemne pour pouvoir retourner le lendemain même à Lomé. D’habitude, en quittant Lomé pour Pya le jeudi, il en revient le dimanche matin. Mais pour sacraliser l’événement et accorder plus d’audience au mythomane, le temps eût été trop court pour réaliser leur projet si Gnassingbé devrait retourner à Lomé trois jours seulement après l’accident

Il fallait bien organiser ce retour-là pour qu'il soit "triomphal" comme on le prétend aujourd'hui." 

 

LE RETOUR TRIOMPHAL ET LA NAISSANCE DE L'ANTI-IMPERIALISME

Le mot d’ordre de l’anti-impérialisme est né après l’accident d’avion de Sarakawa qui a failli coûter la vie à Eyadéma. Cet accident constituera une véritable aubaine dans l’escarcelle de la stratégie du pouvoir d’Eyadéma, qui à dire vrai, avant le 24 janvier 1974 (date de l’accident), se contentait plutôt de gérer l’ordinaire au quotidien.
Le lieu-dit Sarakawa, pour les dirigeants du parti unique, deviendra évocateur de la "victoire" d’Eyadéma sur les "impérialistes français" qui ne songeraient qu’à spolier le peuple togolais de sa richesse : le phosphate.
En 1973, le prix du phosphate fait un bond, en général sur le marché mondial. Le 10 janvier 1974, le Président fait part officiellement de son intention de nationaliser. Le 24 janvier, le DC-3 qui transporte Eyadéma et quelques personnalités du monde politique, s’écrase à Sarakawa dans le Nord. Conséquence de la guerre entre Eyadéma et la Compagnie Togolaise des Mines du Bénin (CTMB) ?
Au début de l’histoire de la compagnie minière, l’Etat togolais détenait de façon quasi symbolique, 1% du capital de la CTMB. Cette compagnie était chargé de l’exploitation et de la commercialisation des phosphates de Kpémé (Sud du Togo). Un pour cent ? Certes, comme il est de bien entendu, au moment de la conclusion de la convention qui a eu lieu en septembre 1957, entre le Togo et la CTMB, le pays était sous mandat des Nations-unies, avec comme tuteur la France. Ainsi donc en pratique, la conclusion de l’accord, a été pour ainsi dire, une affaire franco-française. Par ailleurs, l’une des clauses de la convention précisait que le Togo ne devait détenir plus de 25% du capital de la CTMB. Mais le 28 novembre 1972, l’Etat togolais rachetait les parts libérées par un actionnaire ayant pour nom , M. Grâce. Le pays portait ainsi sa part à 19,9%.
En Afrique d’une façon générale, les années 70 verront la montée des nationalisations. L’Etat togolais décide de porter sa part au capital à 51%. Refus net de l’administrateur délégué de la CTMB. Il se réfère à la Convention. Sur l’insistance du président Eyadéma d’augmenter la participation du pays au capital de la CTMB, M. Max Robert, administrateur, aurait tenté de corrompre Eyadéma en lui proposant des pots de vin : entre 1 et 4 milliards de F CFA. « Non ! », aurait dit le président Eyadéma. Après le crash de Sarakawa, le 24 janvier 1974, le président Eyadéma nationalise tout simplement les minerais de phosphate.
L’histoire et la Conférence nationale souveraine (juillet-août 1991) a prouvé, dossiers à l’appui, que le général Eyadéma, son entourage (local ou étranger) et les barons du RPT se sont enrichis grâce à ce minerai. Le phosphate a servi aussi à développer la région de la Kara au détriment des régions sud en général, et de Kpémé (contenant le gisement) en particulier.
En 1996, la CTMB sera sur la longue liste des sociétés privatisables. Eyadéma a prôné l’indépendance économique dans les années 70. Les années 1996-1997 constituent l’ère des privatisations ordonnées par les instances économiques internationales.

Les encenseurs et les hagiographes d’Eyadéma découvrent à travers le crash d’un avion, un filon riche en affabulations. La thèse de l’Impérialisme qui chercherait à liquider Eyadéma, pour cause de phosphate, était tout à fait crédible à cette époque pour une grande partie de la population. Les Togolais apprendront bien plus tard, qu’une simple défaillance technique était à l’origine de l’accident. L’avion aurait été surchargé de victuailles et de bonnes bouteilles, dans le but de poursuivre la fête de la Libération (13 janvier), dans le village natal (Pya) du président Eyadéma.
Au lendemain du 24 janvier 1974 (date de l’accident), Eyadéma répondra au doux surnom de «Miraculé-de-Sarakawa ». Quant au lieu-dit Sarakawa, il deviendra un lieu de pèlerinage où les fidèles d’Eyadéma et les représentants du parti unique, viendront immoler moutons et autres coqs blancs à même les débris d’un appareil qui fut autrefois un DC-3.
Le chercheur, Comi Toulabor, a remarqué une floraison de 
blanc au mémorial de Sarakawa. Il analyse : «Le blanc, signe de la victoire et de la pureté, purifierait pour de bon, le général E. Eyadéma de son péché originel, le meurtre de S. Olympio, et l’élèverait à la splendeur du monarque de droit divin. » [Toulabor (C.), Le Togo sous Eyadéma, Karthala , Paris, 1986, p. 117.]
La quête des attributs de monarque par Eyadéma, se trouve dans divers chants du RPT, notamment dans celui en éwé dont voici le refrain :

N’aie crainte, Président Eyadéma,
Dieu t’a coiffé d’une couronne de roi.
N’aie crainte, Président Eyadéma,
Le peuple est derrière toi.

Au cours de son voyage officiel au Togo en 1972, le président français, M. Georges Pompidou, avait déjà été désagréablement surpris de l’embrigadement politique de la population. «Pompidou retire une mauvaise impression des démonstrations de la jeunesse encadrée, des slogans scandés à la gloire d’Eyadéma, dans lesquels il entend des réminiscences de «Heil Hitler ! » [...] la situation du Togo restera marquée par des manifestations d’autoritarisme fascisant. » [Gaillard (Ph.), Foccart parle 2, Faillard/Jeune Afrique, 1997, p. 156.].
Au-delà de cet accident d’avion, Eyadéma va enfin trouver l’occasion d’asseoir sa politique jusqu’alors sans socle réel. Et le «Retour triomphal» (retour à la capitale, le 2 février 1974, après l’accident), va constituer un des événements les plus médiatisés de l’Histoire du Togo.
Etienne Eyadéma mettra près de 24 heures de Pya à Lomé, avec des arrêts dans plusieurs localités pour se soumettre aux rites des libations. L'accueil sur le long du parcours est sincère. Il existe à cette époque une certaine tolérance vis-à-vis de la politique du président Eyadéma. Les détentions arbitraires et les assassinats politiques ne sont pas encore légion sous son régime. C’est en cette période de «victoire sur l’impérialisme» que naît la politique de l’authenticité. En ce qui concerne l’introduction du concept d’authenticité au Togo‚ l’amitié entre le président Eyadéma et son homologue Mobutu du Zaïre, y est pour beaucoup. Ce concept d’authenticité culturelle, consiste, grosso modo, en une recherche de sauvegarde de la culture africaine. Mobutu l’explique : «L’authenticité est une prise de conscience du peuple zaïrois de recourir à ses propres sources, de rechercher les valeurs de ses ancêtres afin d’apprécier celles qui contribuent à son développement harmonieux et naturel. C’est le refus du peuple zaïrois d’épouser aveuglément les idéologies importées. » [S.S. Mobutu, cité par B. Kabué, l’Expérience zaïroise, Paris, Ed. ABC, 1976, p. 203 ; cité par C. Toulabor, Le Togo sous Eyadéma, Karthala, Paris, 1986, p.163.]
Pendant qu’il distillait de beaux discours contre les habitudes en provenance de l’étranger, le maréchal Mobutu accumulait et exportait à titre personnel, les biens du Zaïre vers l’Occident. Il y acquérait châteaux et propriétés diverses. «Quatre milliards de dollars accumulés en 32 ans. C’est le bilan de la dictature finissante de Mobutu, dressé, le 12 mai, par le quotidien économique britannique Financial Times [...], le journal dresse la liste de propriétés détenues par ce vieil ami de la France... Le château de Fond Roy, en Belgique, vaut 11,3 millions de dollars, la demeure portugaise Solear Casa Agricola est évaluée à 2,3 millions, celle de Savigny en Suisse, à 5,5 millions et la résidence de Cap-Martin atteindrait les 5,2 millions de dollars. Il y a encore dans cet inventaire, un appartement de 800 m2 au 20 avenue Foch à Paris, [...] En Suisse, de solides comptes en banque, tout comme à Paris, Londres et New-York, dont les montants et les gestionnaires ne sont pas cités. [...] Pendant ce temps, le budget zaïrois pour la santé s’établissait à 20 centimes (français) par habitant. » [Le Canard enchaîné, n° 3994, 14 mai 1997, p. 1.]
En ce qui concerne Eyadéma, cette politique de «retour aux sources», cette théorie de l’authenticité demeure dans les années 70, le thème politique principal autour duquel le régime brodera tous ses discours. Dans les faits, cette politique d’authenticité sera traduite par l’abandon des prénoms étrangers au profit de prénoms locaux. C’est aux lendemains de son retour «triomphal» de Sarakawa, que M. Eyadéma prend la décision de troquer son prénom «importé» : Etienne, contre Gnassingbé qui en principe est le nom paternel (de famille). La mue est consommée le 3 février 1974. Sur le papier, «Gnassingbé» prend dorénavant la place de «Etienne». Son «frère et ami» du Zaïre, Joseph Désiré Mobutu, ne s’appelle-t-il pas désormais, authenticité oblige, Mobutu Sese Seko Kuku Ngbengdu Wa Zabanga ?
En août de la même année, les hautes personnalités aussi bien civiles que militaires, décideront d’emboîter le pas au «Guide éclairé». Ils laisseront respectivement choir leurs prénoms importés au profit de prénoms locaux. Mais vu l’infime quantité de prénoms disponibles dans les «registres traditionnels» togolais, plusieurs et nombreuses mêmes familles se retrouveront avec un nom et un prénom identique, à l’instar d’un cousin proche ou lointain. Situation difficilement gérable pour l’administration, elle est aussi non digérable pour le citoyen. Action strictement volontaire au début, l’adoption des «prénoms authentiques» deviendra obligatoire en l’an 1976 à l’instigation du ministre de l’Intérieur, Yao K. Eklo. Toute délivrance de passeport, reste désormais subordonnée à la présentation de pièces ne comportant que des prénoms authentiques. Le plus étonnant, c’est de voir les : Amorin, da Costa, Lawson, Wilson, etc., qui avaient respectivement un patronyme originellement étranger, être obligés de cumuler leur nom à consonance étrangère avec des prénoms d’origine togolaise. « Mieux encore, les défunts, tels que le footballeur Edmond Apéti dit Kaolo et la star de la chanson Bella Bellow, sont amenés à recouvrer des prénoms authentiques dans leur tombe.» [Toulabor (C.), Le Togo sous Eyadéma, Karthala, Paris, 1986, p. 174.]

L’optique d’authentification touchera aussi le nom des villes. Certaines, comme Anécho (au Sud) et Dapango (au Nord), deviendront respectivement Aného et Dapaong. Nombre de Togolais, notamment les prêtres Dovi et Amouzou sont critiques à l’égard de cette décision de changement de prénoms, qui force les fidèles à abandonner leur prénom de baptême. En tout état de cause, mis à part le cas singulier de l’ex-archevêque de Lomé, Mgr Dosseh vite tombé sous le charme de Gnassingbé Eyadéma, l’Eglise catholique du Togo a toujours lutté insidieusement contre le pouvoir dictatorial.
Les Loméens ont encore en mémoire, le sacre de l’Evêque d’Atakpamé, Mgr Kpodzro, qui avait été désigné par les instances catholiques pour remplacer un autre frondeur, l’Evêque Atakpa, d’Atakpamé, décédé. Eyadéma quant à lui voulait imposer son propre candidat. Refus de l’Eglise. Pour punir ce monde, le Général décide de passer à tabac tout le clergé lors de la cérémonie, le 23 mai 1976. Mais la manœuvre échoue grâce à Mgr Gbikpi alors curé. Dans son ouvrage, à ce propos, M. Comi Toulabor va plus loin : «Pris à son propre piège, et pour faire preuve de d’innocence, le pouvoir envoya des militaires garder les paroisses. C’est là une des ruses de guerre du général Eyadéma : initier la répression tout en se mettant en retrait par rapport à elle pour sauvegarder une face souriante de Janus, négociable sur le marché international » [Toulabor (C.), Le Togo sous Eyadéma, Karthala, Paris, 1986, p. 190.]
Ces remarques faites par M. Comi Toulabor dès 1986, se confirmeront par la suite, lorsque le général Eyadéma enverra ses éléments incontrôlés à l’assaut du processus de la transition démocratique en 1991.

Dans le cadre de la politique d’authenticité, Mobutu avait institué dans son pays, «l’animation politique» ; une sorte de combinaison de chants et de danses vantant les mérites du chef et du parti unique. L’animation, sera introduite au Togo lors de la visite du Président zaïrois en 1972.
Dans le contexte togolais, Comi Toulabor définit l’animation comme : «Une grande messe régulièrement organisée à coup de slogans, de chansons, de danses, de banderoles et de marches de soutien au «Miraculé de Sarakawa » pour célébrer les bienfaits de sa politique pour le peuple, ses qualités exceptionnelles et son intrépide courage dans la nationalisation des phosphates de la CTMB. » [Toulabor (C.), Le Togo sous Eyadéma, Karthala, Paris, 1986, p. 198.]

Ces chants et danses con moto à son endroit, et les relations diplomatiques et d’amitiés naissantes entre le Togo et la Corée du nord en 1974, vont parfaire la déification de Gnassingbé Eyadéma. Pyong Yang érigera des statues colossales de bronze à la gloire du «Timonier national», construira des portraits géants, fabriquera montres et macarons à l’effigie d’Eyadéma ; tournera un film : Le Togo en marche toujours avec Eyadéma , vantant les mérites de ce dernier. C’est ainsi que le «timonier national préalablement exorcisé de sa médiocrité par les pouvoirs médiumniques des chants et des danses », sentira peu à peu grandir sa puissance au plan national et au niveau international.
Au plan national, à partir des années 1974, nul, y compris son propre entourage, n’osera le défier par une quelconque critique. Au cours de la même période, il commence à prendre quelque liberté avec le budget national et les aides au développement. En 1979, Eyadéma aurait confié à Nutépé Bonin (ex-conseiller en communication d’Eyadéma), qu’il ne possédait que 90 milliards de F CFA. Plus du budget togolais de l’époque. La torture et l’élimination physique commencent pratiquement à la même période que les détournements de fonds publics. La torture, l’armée en est le maître d’œuvre. En juillet 1975, le commandant Comlan, jeune et brillant officier, trouve la mort après d’atroces sévices. En désaccord avec Eyadéma, ce dernier aurait participé personnellement à la séance de torture de l’officier. D’autres mises à mort sans procès suivront. En 1977, le lieutenant Gnéhou (beau-frère d’Eyadéma) est mitraillé en pleine rue. Il sera transporté à l’hôpital de Tokoin, où il sera achevé nuitamment par un commando. Son seul tort est d’avoir organisé une réunion des officiers du Nord, à l’insu du général Eyadéma. Les assassinats politiques ne se limitent pas à l’élite militaire et civile. La mort par la torture militaire rôde dans tous les milieux sociaux. Les tracas débutent souvent par délation, alimentée par tout un réseau officiel (celui des animateurs du RPT), ou d’éléments occasionnels opérant pour une récompense matérielle. C’est dans le cadre d’une telle répression, que M. Pascal Agbessie, un chargé d’affaires de l’ambassade du Togo au Gabon, est ramené manu militari à Lomé en 1979 et enfermé, puis torturé à la gendarmerie. Motif : il avait un brouillon d’article mettant en cause la mauvaise gestion de leur pays par les responsables africains. Après près de deux années de prison, faites de tortures et de brimades, il aura la vie sauve grâce à l’intervention d’Amnesty International. La Conférence nationale souveraine fera plusieurs révélations dans le cadre des embastillements sans jugement. La CNS fera aussi état des diverses expropriations commises par Eyadéma pour la construction de sa propre résidence, ou pour agrandir les réserves d’animaux sauvages. Ainsi en 1981, dans le but d’étendre la réserve de la Kéran dans l’Oti, un commando de paras brûlera cases et bétail, afin de déloger les autochtones des lieux. Ceci sans dédommagement aucun.
Nonobstant son impopularité croissante dans le pays, pour cause de détentions arbitraires, d’assassinats politiques, de gabegie, de détournement de femme d’autrui, Eyadéma va tenter de s’imposer en tant que médiateur de certains conflits. Il propose ses «Bons offices». Déjà en 1968, l’OCAM (Organisation Commune Africaine et Malgache) lui aurait confié une mission de réconciliation entre le Zaïre et le Congo. A ce sujet, Comi. Toulabor doute : «Il est peu probable que l’OCAM ait désigné l’inculte sergent-chef Eyadéma arrivé au pouvoir en 1967 et peu expérimenté donc. En tout cas à l’époque, il parlait trop mal le français pour que l’OCAM lui confiât une quelconque mission de paix. » [Toulabor (C.), Le Togo sous Eyadéma, Karthala, Paris, 1986, p. 158.] 
Entre 1972 et 1976, Gnassingbé Eyadéma aurait œuvré pour le rapprochement du président nigerian Gowon, avec ceux du Gabon (Bongo) et de la Côte-d’Ivoire (Houphouët-Boigny). Libreville et Abidjan avaient eu le tort aux yeux du général Gowon, d’avoir soutenu la cause biafraise. En janvier 1975, une commission de réconciliation tient sa réunion finale à Lomé‚ en vue de mettre fin au conflit frontalier entre le Mali et la Haute-Volta. En 1978, un autre président africain, Sékou Touré (Guinée), aurait aussi bénéficié de la médiation de Gnassingbé Eyadéma dans le cadre d’une querelle entre la Guinée et ses voisins (Sénégal et Côte-d'Ivoire).
Selon l’entourage d’Eyadéma, ce dernier rêvait d'un prix Nobel de la Paix lorsque dans les années 1980, il franchit le Chari en pirogue pour débarquer à N’Djaména, afin de trouver remède à la crise opposant les deux frères-ennemis du Tchad, Hissen Habré et Goukouni Weddeye.

Après la transition togolaise ratée, Eyadéma aura plus que jamais besoin de servir dans de «Bons offices» pour redorer son blason terni par les massacres perpétrés par ses hommes sur le plan intérieur : c’est le cas au cours du conflit de Bakassi entre le Cameroun et le Nigeria. En mars 1997 à Lomé, en marge de la réunion extraordinaire sur le Zaïre, Eyadéma forcera Abatcha et Biya à se serrer la main devant les caméras.
Eyadéma va s’illustrer dans le conflit du Zaïre entre Kabila et Mobutu. Il subira même l’affront de se voir refouler quand l’Afrique du sud décide de prendre le problème en main, après l’échec de la réunion de Lomé.
En définitive, le général Eyadéma ne réglera véritablement aucun de ces conflits de façon durable. Mais pour lui, l’essentiel est d’abord de participer à la recherche de solutions, en vue de parfaire son image d’«homme de paix» ; une image dont il ne dispose pas à l’intérieur de son propre pays. 
 
 

Au plan intérieur, Eyadéma va bientôt devoir faire face à de sérieux problèmes économiques. L’embellie des phosphates n’a duré qu’un temps, à peine une décennie. Ses recettes ont servi à construire des hôtels, quelques «éléphants blancs», et à bâtir hôpitaux et routes dans la région de Kara. En 1980, la somme destinée à l’investissement public a chuté de 100 à 40 milliards de F CFA. Les intérêts de la dette à eux seuls suffisaient à grever le budget togolais. En 1983, la dette du pays s’élevait à 314 milliards de F CFA. 

Au plan strictement politique, les événements viennent, si besoin en est, démontrer que tous les Togolais n’étaient point debout comme un seul homme derrière «Le Guide bien-aimé».
En 1985, des charges-plastics tonnent à Lomé. Entre le 23 et le 25 septembre 1986, un putsch a failli renverser Eyadéma. Ce dernier fera appel au Zaïre et à la France. Mais les combats cesseront avant l’arrivée des troupes «alliées» du Togo. Ce complot, comme celui de 1977, est attribué aux fils expatriés de l’ancien président Olympio. Mais hélas pour Gnassingbé Eyadéma, la contestation ne se limitait pas seulement aux Olympio. A l’intérieur du pays, la contestation est latente, tandis qu’à l’extérieur du Togo, les expatriés tentent de s’organiser contre l’autocratie d’Eyadéma..
La plupart des organisations sont basées à Paris. On y retrouve pêle-mêle : le MTD (Mouvement Togolais pour la Démocratie) ; le PCT (Parti Communiste Togolais) ; le FDLT (Front Démocratique pour la Libération du Togo) ; le MNRT (Mouvement National pour la Révolution Togolaise) ; le PPDD (Parti Populaire pour la Démocratie et le Développement). Certains, comme le MTD, constituent un conglomérat de nostalgiques, non seulement de S. Olympio, mais aussi de personnalités ayant servi le pouvoir d’Eyadéma, avant de tomber en disgrâce. La plupart de ces partis regroupe à peine quelques dizaines de militants. Ils ne disposent en général que de petits moyens leur permettant de s’offrir, pour quelques uns d’entre eux, un périodique en vue de la diffusion de leurs idées. L’organe Ablodé (Indépendance en éwé) du FDLT, paraît occasionnellement. Les tapages médiatiques orchestrés par ces groupuscules, ne réussiront pas à égratigner le régime Eyadéma.
Les gouvernements français de gauche comme de droite le savent. Ils laissent peu ou prou s’agiter ces expatriés. Seul le vent de démocratie venant de l’Est de l’Europe va contribuer à faire bouger un peu la dictature éyadémiesque.
A Bucarest, le dictateur roumain est chahuté par son peuple un jour de décembre 1989. Quelques jours plus tard, le régime de Nicolas Ceausescu est balayé par le vent de la Révolution roumaine. Le vent de l’Est va aussi balayer certains régimes dictatoriaux africains, comme le pouvoir marxiste de Mathieu Kérékou au Bénin. La France de François Mitterrand tente d’accompagner ce bouleversement politique mondial. Il prendra le train du changement en marche. M. Alain Duhamel, journaliste français, écrivait à propos du général De Gaulle et de la décolonisation. : «Là encore, il s’agissait de réussir une retraite. Là encore, le style du personnage empêchait qu’elle ne fût ressentie comme une débandade. » [Duhamel (A.), De Gaulle/Mitterrand–La marque et la trace, Flammarion, Paris, 1990, p. 73.] A la conférence franco-africaine de La Baule (juin 1989), le président Mitterrand invite ses homologues africains à plus de démocratie. Il conclut son discours en décrétant en substance : «La France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté. » Le général Eyadéma, avec d’autres chefs d’Etat, sont rentrés fâchés des recommandations de démocratisation émises par M. Mitterrand. Les peuples africains, quant à eux, accueillant favorablement les paroles du Président français, le prennent au mot. Ils accélèrent leurs revendications de liberté et de démocratie. A Bamako, le dictateur Moussa Traoré, à la tête depuis deux décennies, d’un régime corrompu, déclare : «Je ne démissionnerai pas, j’ai été élu par le peuple malien. ! ». Il sera destitué par le peuple malien.
Au Togo, Gnassingbé Eyadéma va tenter, contraint et forcé par le nouvel environnement international, d’accorder quelques semblants de liberté. Il va tolérer la création d’une Ligue des Droits de l’Homme.
Mais, le 5 octobre 1990, de jeunes distributeurs de tracts sont condamnés par le Tribunal correctionnel de Lomé. Les étudiants manifestent contre les forces de l’ordre. C’est le début de la fronde des jeunes et des soucis pour Eyadéma. Il envoie son armée rétablir l’ordre.


22:38 Écrit par K. Kpadja | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |