13/11/2005

LIVRE BLANC TOGO: 27 Avril 1958 - 13 Janvier 1963

LIVRE  BLANC                                                               
sur les événements survenus au Togo                         
entre
le 27 Avril 1958
et
le 13 Janvier 1963                                       


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Gouvernement de la République du Togo


AVANT-PROPOS
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Le dimanche matin du 13 janvier 1963, le poste de radiodiffusion de Lomé, capitale du Togo,
interrompt ses émissions normales.
Un comité insurrectionnel a pris le pouvoir pendant la nuit. Il annonce : « le Chef de l’ancien
gouvernement est mort, pour avoir essayé de résister à la volonté du Comité Insurrectionnel. »
Le Président de la République du Dahomey, M. MAGA, pays frère, envoie sur place une
mission pour faciliter une médiation éventuelle et tenter d’éviter une guerre civile.
Le calme conservé par le pays pendant les journées du dimanche 13 et du lundi 14 décide le
Comité Insurrectionnel à faire reprendre le travail le mardi 15. ce même jour, vers 18h 30, le
Comité Insurrectionnel donne une conférence de presse. M. Nicolas GRUNITZKY, ancien
Premier Ministre, de 1956 à 1958, appelé la veille pour former le gouvernement provisoire, y
rend compte de ses consultations.
Le jeudi 17 janvier 1963, le Gouvernement est formé, la crise est dénouée. Le 5 mai suivant,
le peuple du Togo approuve une nouvelle Constitution, élit une nouvelle Assemblée Nationale
et choisit au suffrage direct un Président de la République Nicolas GRUNITZKY et un Vice-
Président : Antoine MEATCHI. Au gouvernement, tous les partis sont représentés.



Que s’est-il passé au Togo, sous le régime antérieur, qui puisse expliquer un événement aussi
exceptionnel, d’abord éclatant comme un éclair dans un ciel d’orages puis s’estompant
rapidement pour laisser place au calme et à la paix, à la concorde des citoyens dans une
union retrouvée ?

LE VŒU DE L’ASSEMBLEE NATIONALE
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Le samedi 6 juillet 1963, l’Assemblée Nationale du Togo adopte à l’unanimité la proposition
suivante, présentée au nom de la Commission des Affaires Etrangères et de la Défense
Nationale, par son Vice-Président, M. Cosme DOTSEY sur rapport oral de M. Napo BADJI.
L’ASSEMBLEE NATIONALE        
 
Considérant les événements du 13 janvier 1963 survenus au Togo.
Considérant les résultats obtenus aux consultations populaires du 5 mai 1963 qui ont permis
au Pays de retrouver librement la légalité constitutionnelle et la paix sur toute l’étendue de la
République.
Considérant que certains dangers continuent à vouloir ignorer volontairement les réalités
politiques du Togo :
Considérant que toute position de l’extérieur tendant à porter atteinte à l’Unité déjà réalisée
par la politique de la réconciliation et suivie par le Gouvernement ne peut plus continuer à être
admis ;
Considérant qu’une meilleure information sur les réalités politiques togolaise apporterait la
lumière à certains pays étrangers mal renseignés ;
Condamne avec force l’hostilité manifestée par certains chefs d’Etats africains envers le Togo
pour sa participation à la grande assise africaine d’Addis-Abeba ;
Loue avec enthousiasme les efforts du Gouvernement pour le succès remporté dans sa
politique extérieure pour les reconnaissances obtenues ;
Remercie les Pays ayant déjà reconnu le Gouvernement Togolais issu des élections du 5 mai
1963 ;
Invite le Gouvernement à tout mettre en œuvre en vue de la publication rapide d’un LIVRE
BLANC sur le régime défunt ;
Souhaite que ce document fasse l’objet d’une importante diffusion à l’intérieur comme à l’
extérieur du pays.



PREFACE
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« Je ne m’attarderai pas sur les souffrances, les tortures, les deuils endurés par de nombreux
Togolais, si ce n’est pour redire à tous ceux qui ont souffert dans leur chair, dans leur cœur ou
dans leur esprit la solitude et la compassion du Gouvernement que je préside. »
Nicolas GRUNITZKY
(Assemblée Nationale – jeudi 16 mai 1963)

Le document désigné par l’Assemblée Nationale sous le nom de « LIVRE BLANC » sur le
régime défunt » doit clairement et sans passion exposer les faits qui se sont déroulés au Togo
pendant une période de près de cinq années  depuis le 27 avril 1958 jusqu’au 13 janvier 1963
 date de la fin tragique de Sylvanus OLYMPIO.
Un tel exposé n’est pas destiné à charger la mémoire d’un homme disparu, incapable d’
apporter sa défense. La place de cet homme est marquée dans l’histoire de la patrie
Togolaise. Le temps permettra, seul avec la sérénité nécessaire, d’en fixer la véritable part.
Il ne peut s’agit d’un réquisitoire au moment où le Togo fait, une nouvelle fois, appel à l’Unité
de Tous ses enfants.
Il s’agit de suivre l’évolution d’un mal, à peine perceptible à l’origine, qui grandit au fur et à
mesure que se relâche la juste critique des élus du peuple, et que se multiplient les preuves d’
adulation et de flagornerie.  
Il s’agit de comprendre comment le pouvoir s’isole rapidement de l’opinion publique, pour
céder à des conseillers occultes, mépriser les droits de la minorité, multiplier les tracasseries
administratives et policières, fouler au pied les droits du simple citoyen et de la personne
humaine.
Un peuple, un pays connu dans le monde pour le calme de ses réactions, a vécu une épreuve
cruelle et longue : un homme a tenté de démolir les institutions qu’il s’était données, de
confisquer les libertés de tous ses citoyens, d’abattre un édifice élevé par la patience de ses
fils, l’intelligence et la détermination de ses premières équipes politiques pour élever sur ces
ruines un monument à l’orgueil, un autel pour célébrer le culte de sa personnalité.
C’est ce sacrifice qui doit être connu et médité.
Petit par la taille, le Togo a conquis ses lettres de noblesse dans le concert des plus grandes
nations par l’épreuve douloureuse de plusieurs milliers de ses fils.










PREMIERE PARTIE
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HISTORIQUE

LE TOGO AVANT LES ELECTIONS DU 27 AVRIL 1958
Avant l’arrivée au pouvoir de Sylvanus OLYMPIO le 27 avril 1958, quelle est la situation
politique au Togo ?
Le régime est celui de la tutelle internationale confiée à la France par l’organisation des
Nations Unies depuis 1946. La grande différence avec le régime antérieur du Mandat de la S.
D.N. confiée à la France en 1922, c’est la mise en place d’une Assemblée Territoriale qui va
se servir de creuset à la vie politique Togolaise.
Dix années après la fin de la guerre le 12 juin 1955, la nouvelle Assemblée Territoriale
consacre le Triomphe de deux partis PTP (Parti Togolais du Progrès) et UCPN (Union des
Chefs et des Populations du Nord) et l’écrasement des partisans de Sylvanus OLYMPIO et du
C.U.T. (Comité de l’Unité Togolaise).
Majorité et minorité représentent les deux familles d’esprit essentielles qu’interprètent chacune
d’une façon diamétralement opposée l’avenir du pays.
a) pour le P.T.P., l’U.C.P.N., il s’agit d’utiliser au mieux le cadre d’évolution présenté par la
France et l’évolution politique de la France elle-même pour donner au Togo les chances
réelles de gagner son indépendance, sans risque en faisant les apprentissages nécessaires
et en ménageant les transitions.
b) pour Sylvanus OLYMPIO et ses amis du C.U.T., l’indépendance doit être réclamée et
obtenue immédiatement, la puissance administrative dénoncée et l’Organisation des Nations
Unies requise d’intervenir.
Le mot « indépendance » (Ablodé) sera transformé par lui en formule magique capable d’
accomplir tous les miracles. Les « Nations Unies » deviendront dans l’opinion de la masse un
paradis lointain où se forge l’avenir du TOGO.
Il n’est pas discutable que la seule annonce de la participation au scrutin du 27 avril 1958 d’
Observateurs de l’O.N.U.  ait joué un rôle déterminant dans l’approbation donnée le
programme de Sylvanus OLYMPIO par le peuple Togolais.
L’histoire retiendra avec étonnement que les partisans de la patience sont allés plus vite en
besogne que les partisans de la précipitation.
En effet, l’Assemblée élue le 12 juin 1955 obtient l’année suivante  le 24 août le Statut
REPUBLIQUE AUTONOME DU TOGO.
Alors que malgré la victoire électorale obtenue au nom de l’indépendance l’Assemblée élue le
27 avril 1958 se contentera bon gré d’attendre trois années.
Deux années pour déclarer l’indépendance et trois années pour soumettre à l’approbation du
peuple une Constitution consacrant sa pleine souveraineté.
Au printemps de 1958, va donc se jouer le sort du TOGO jusqu’au 13 janvier 1963.
L’Assemblée élue le 27 avril comprend 46 députés (au lieu de 30 pour la précédente) la
majorité comprend 32 membres (C.U.T.) la minorité 14 membres (P.T.P. et U.C.P.N.).
Sur le plan parlementaire le nouveau Gouvernement est donc le maître absolu. Il n’a rien à
redouter qu’une opposition minoritaire qui est cependant en droit d’attendre d’exercer sa libre
critique.
Les passions électorales devraient se calmer et la République s’établir dans la concorde de
tous les citoyens.
Que va-t-il donc se passer ?
LA PRISE DU POUVOIR
Le vendredi 16 mai 1958 le Premier Ministre désigné M. Sylvanus OLYMPIO  prononce devant
la Chambre des Députés son discours d’investiture où il expose son programme minimum pour
réaliser très rapidement l’objectif final du régime de tutelle. Transformation de l’administration,
élaboration d’un constitution, modernisation des collectivités secondaires. Il proclame que
dans le domaine des droits de l’homme, notre Gouvernement assurera à tous les citoyens et à
tous les partis politiques une liberté totale de parole, de mouvement et de réunion ; … et en
guise de conclusion « Je ferai un pressant appel à vous nos compatriotes, sans distinction de
parti, à travers vous les élus, d’écarter toute pensée de vengeance ; il me semble qu’il n’
appartient qu’à Dieu seul de venger ceux qui ont été les victimes des errements humains. Le
Togo a besoin de tous ses enfants sans exception pour travailler à sa libération complète du
joug colonialiste qui a trop longtemps pesé sur ses destinées. Ensemble nous allons rebâtir
notre patrie sur une fondation solide et durable. »
Le Premier Ministre sortant M. Nicolais GRUNITZKY, premier orateur inscrit après avoir fait le
bilan détaillé du chemin parcouru par son Gouvernement, conclut : « Monsieur le Premier
Ministre désigné, je sais qu’aucun des problèmes que je viens d’évoquer ne vous échappe.
Notre pays est à construire. Aux réalisations déjà entreprises viendront s’ajouter les vôtres,
votre tâche, je le sais, sera lourde.
Et vous savez que le vœu que j’ai déjà formulé à votre équipe et vous-même est que vous
réussissiez dans votre tâche. Et cette réussite dépendra du calme, de l’ordre à la paix et de la
concorde dont le pays vous entourera… Pour ma part et avant de reprendre rand dans
quelques instants parmi les députés et également au nom de mes amis, je dirai en concluant
qu’à tout ce qui touche l’intérêt supérieur du pays, nous apporterons notre concours dévoué.
La minorité se joint à la majorité et c’est à l’unanimité que le Premier Ministre désigné est
investi.
Hélas ce beau programme n’est qu’à l’usage externe. Le parti vainqueur entend éliminer ses
anciens adversaires et il le fera par la terreur.
L’exaltation des vainqueurs, après les élections du 27 avril 1958 et le déchaînement des
passions qui s’ensuit, oblige le Gouvernement à promulguer une loi d’amnistie.
Mais cette amnistie s’exerce de curieuse façon tout d’abord, la loi n° 58-51 du 23 juillet 1958,
sans autre considération, décréta l’amnistie à l’égard des personnes mêlées aux incidents du
22 juin 1957 survenus à Pya-Haut c’est-à-dire en faveur des partisans avoués de Sylvanus
OLYMPIO.
Le débat de l’Assemblée du 4 juillet 1957 (J.O. Débats p. 506 et 3) a permis d’apporter toute
la lumière sur des événements qui ont été en définitive, provoqués, recherchés et mis en
scène par des chefs politiques sans scrupules, désireux seulement de pouvoir transformer à
leur profit en héros de l’indépendance, ceux-là même qu’ils ont poussés en leur permettant l’
impunité au noms des Nations Unies, à commettre de folles actions révolutionnaires à l’
encontre des forces du maintien de l’ordre.
Ensuite, afin de bien marquer  pour le cas où certains pourraient en douter  que le
gouvernement est décidé à protéger ses amis, une nouvelle loi (n°59-48 du 10 juin 1959)
précise que l’amnistie est accordée pour toutes infractions  à caractère ou à inspiration
politique, commises entre le 27 avril et le 30 juin 1958.
Cette loi est donc bien destinée à protéger non pas les victimes mais les auteurs d’exactions
et d’actes de vengeances tels que ceux commis justement par les partisans fanatisés du C.U.
T. entre le 27 avril et le 30 juin 1958.
Cette amnistie est accordée le 1 juillet 1959 et un de ses bénéficiaires Théophile MALLY sera
fait  10 mois plus tard  Ministre de l’intérieur le 25 mai 1960.
Le nouveau Ministre saura marquer sa reconnaissance à un maître aussi bienveillant et se
fera l’ardent et vigilant défenseur du régime, participant lui-même à des descentes de police.
Le Président de l’Assemblée SAVI de TOVE se montre implacable pour les quatorze députés
de la minorité à laquelle appartient l’ancien Président du précédent Gouvernement qu’il affecte
d’appeler « Monsieur le Député GRUNITZKY ».
Le 2 juillet une passe d’armes se livre à l’occasion de deux interpellations déposées par le
Président du groupe parlementaire minoritaire, Antoine MEATCHI. Trois ministres et seize
députés de la majorité  la moitié du groupe  se relaient à la tribune contre l’interpellateur qui
au nom de la minorité a voulu dénoncer le déchaînement des passions, les vengeances, les
cruautés que couvre, et dans certains cas encourage une administration hâtivement
renouvelée et mise en place et dont les postes essentiels à la vie du jeune état sont confiés à
des partisans fanatiques.
Jusqu’à la fin de juin, le pays vit au milieu d’incidents graves mettant la sécurité des citoyens
en danger. Il devient nécessaire de calmer les esprits : c’est probablement pourquoi le Ministre
de l’Intérieur annonce la publication par les soins du Gouvernement lui-même d’un « Bulletin
Quotidien de Nouvelles » et ceci en invoquant la loi française du 29 juillet 1881 sur la liberté
de la presse. Tous comptes faits, cette initiative apparaît presque comme inoffensive en
comparaison de ce qui attend au Togo la liberté de la presse avec la loi du 12 octobre 1959,
les saisies de journaux et les arrestations ou les expulsions de journalistes.
L’année se termine sur promulgation du Nouveau Statut de la République Togolaise
(ordonnance du 30 décembre 1958).
Voici que sonne l’heure de la vérité et les partisans de l’indépendance immédiate rapide à n’
importe quel prix vont être obligés à leur tour, de composer avec les réalités de demander un
délai de reconnaître que tout ne peut pas être fait seul coup même jour .
Le Président OLYMPIO déclare aux députés : « Qu’il est apparu qu’il fallait un ou deux ans
mettre en place les transformations qui s’imposent en vue d’adapter la structure administrative
politique et économique du pays à celle d’un pays indépendant… »
Il devra ajouter : « Toutes ces considérations nous ont amené à proposer l’année 1960
comme date de l’Indépendance du Togo. »
Un député de la majorité conclura : « Nos populations ne vont pas comprendre ce retard. »
(Séance du 27 octobre 1958).
Ce n’est probablement pas sans une profonde amertume que Sylvanus OLYMPIO s’incline
devant une situation qui apporte un tel démenti à ses promesses de l’époque plus facile de
ses voyages de pétitionnaire aux Nations Unies.

UN PREMIER COUP DE SEMONCE

Au printemps de 1959, un événement important va secouer le premier ministre Sylvanus
OLYMPIO : l’opposition d’abord sourde puis la démission officielle de M. SANTOS, Ministre de
la Justice, des Travaux Publics, Mines, Transports, Postes et Télécommunications. Il est mis fin
à ses fonctions le 9 mai 1959.
Cette décision aura son prolongement sur le plan politique : l’éloignement de la majorité du
Mouvement de la jeunesse Togolaise dit « Juvento » et sur le plan parlementaire, la tentative
de formation d’un groupe « Juvento » limité à deux membres M. SANTOS et Firmin ABALO. A
cette époque, ces deux députés n’imaginaient pas encore qu’ils étaient en train de prendre le
chemin des prisons de Sylvanus OLYMPIO.
L’heure historique du 27 avril 1960 va enfin sonner. L’indépendance promise pour le 27 avril
1958 va-t-elle enfin se réaliser pleinement après deux années ? Bon nombre de précautions
sont prises ; en particulier pour loger les hôtes illustres conviés par la Jeune République le
gouvernement fait construire un hôtel de classe internationale : « le Bénin ».
L’Hôtel est prêt à temps pour recevoir les hôtes étrangers. Pourtant quatre jours seulement
avant la date du 27 avril, la Chambre des Députés travaille encore pour rédiger les
modifications aux lois constitutionnelles du 30 décembre 1958, comme pour tenter de conjurer
un sort contraire, de parer à un oubli fâcheux faisant fêter l’indépendance à un pays dont la
constitution serait encore l’œuvre du pays colonisateur.


L’ACTION DU PARTI VAINCU

Un des thèmes favoris de la propagande en faveur de l’indépendance immédiate  a consisté à
faire passer pour des ennemis de la nation ses adversaires politiques, partisans d’une
progression d’une temporisation d’une négociation permanente avec la puissance «
administrante » pour obtenir d’elle le maximum de sa contribution financière et de son aide
technique préparant ainsi la voie à une indépendance sans risque ni dommage.
Un tel effort  que le Dr ADJAVON a décrit  en évoquant dans des pages de souvenirs encore
inédites, son action parlementaire à Paris au Conseil de la République comme Sénateur en
liaison avec son ami N. GRUNITZKY qui menait le même combat comme député à l’Assemblée
Nationale a pourtant porté ses fruits. Il semble équitable de les rappeler brièvement aujourd’
hui.
Grâce à l’intervention des parlementaires envoyés en France par le Togo dans les différentes
Assemblées de IVè République, qu’il s’agisse de l’Assemblée Nationale du Conseil de la
République, de l’Assemblée de l’Union Française, le Togo a pu et su tirer de sa puissance
administrante : la France, une part de crédits d’investissements (s’ajoutant aux crédits de
fonctionnement et d’administration) dont il est utile de rappeler l’importance.
a) De 1947 à 1959, au titre des 1er et 2è Plan d’équipement et pour se limiter à ce secteur, le
FIDES a transféré au Togo la somme de 5,227 millions C.F.A.
b) Pendant la même période, la même aide accordée à la Guinée  dont la superficie est de
248.850 km² et la population de 2.600.000 habitants fut presque exactement de moitié
(Référence P.H. Siriese, « Une Nouvelle Afrique » Plon Editeur).
c) Enfin pour la même période (plus courte de trois trimestres) du 1er avril 1946 au 31 mars
1958, les paiements effectués par le Royaume Uni au Ghana au titre des « Colonial
Development and Welfare Funds » (correspondant au FIDES français) se sont élevés au total
de 3.400.000 livres i.e. environ 4.800 millions de francs métropolitains, soit 2.400 millions CFA,
soit donc deux fois moins que le Togo, quatre fois moins étendu en superficie et presque
quatre fois moins peuplé.
(Réf. Cmnd. 672 « Colonial Development and Welfare Acts Feb 1960 »).
Enfin, le Togo est devenu indépendant. Il sera reçu solennellement par l’Organisation des
Nations Unies à New-York à l’autonome suivant le 20 septembre.
Mais avant cette date, dés le 25 mai, l’équipe gouvernementale se complète et se durcit. Il s’
agit maintenant de préparer l’étape finale pour la conquête du pouvoir.
Entre temps, la terreur s’aggrave dans tous le pays. Dans la seconde partie de ce Livre Blanc,
des exemples seront donnés et cités d’opérations de cruauté, d’exactions de destruction et de
vols, montées et réalisés avec le silence complice des autorités.   

Déjà un travail de recensement est en cours portant sur des milliers de cas et pour lesquels
une Commission de réparation a été instituée (décret 63-59 du 28 mai 1963) visant en
particulier les fonctionnaires et agents de l’Administration, licenciés, révoqués, suspendus
pour tiédeur à l’égard du régime ou simplement mutés pour dès lors arrivée à leur nouveau
poste, recevoir une correction corporelle exemplaire.
Il n’est pas possible de se faire une idée complète de cette période tragique, que par la
consultation des archives du Commissariat aux réfugiés et aux chefferies traditionnelles.
Entre temps, dès fin 1959, l’opposition tente de réagir. Elle a décidé de repartir sur une base
nouvelle en créant le 30 novembre 1959 : l’U.D.P.T. par la fusion des deux partis de Nicolas
GRUNITZKY et d’Antoine MEATCHI, le P.T.P. et l’U.C.P.N.
L’opposition sera mise dans l’incapacité  sauf quelques cas exceptionnels  de saisir toutes les
occasions présentées par les élections municipales. Le Premier Ministre Sylvanus OLYMPIO
est élu maire de LOME capitale du Togo ; les brimades empêchent toute liste concurrente de
se manifester.
A l’Assemblée, la minorité doit désormais composer pour se faire entendre. A la fin de l’année
par exemple, le 14 décembre 1960, le Président de séance déclare qu’une date sera fixée par
le Gouvernement pour répondre à des questions orales posées par l’ancien Premier Ministre
une semaine auparavant. Le 30 décembre « Monsieur le Député GRUNITZKY » est prié de
patienter. Le 11 janvier 1961 M. GRUNITZKY constate que ses questions orales visant les
raisons pour lesquelles deux citoyens togolais ont été arrêtés et déportés n’ont pas reçu de
réponse. La session parlementaire se termine avant que le Gouvernement ait eu le courage d’
y répondre.
Le 1er mars, l’ancien Premier Ministre parviendra non sans mal à évoquer ces deux
arrestations arbitraires. Mais le Gouvernement restera muet.
Tous ses efforts sont tournés vers l’organisation et la réussite d’une seconde opération d’
envergure :
a)        la préparation des élections susceptibles de balayer toute opposition et toute critique ;
b)        l’élection du Président de la République et l’approbation par voie de référendum de la
Constitution promise depuis si longtemps.
Lors de cette séance du 1er mars tour à tour M. GRUNITZKY, AGBA, YWASSA mettent l’
Assemblée et le Gouvernement devant leurs responsabilités et citent des exemples précis d’
intolérance de la part des chefs responsables du parti au pouvoir. A Soudima (au Nord-Est de
Lama-Kara) par exemple des barrages sont établis pour filtrer la population, la contrôler, l’
impressionner et créer une atmosphère de chantage pré-électoral. A Sokodé, le maire fait
nettement savoir qu’il n’installera pas d’isoloirs et qu’en conséquence le vote sera ainsi placé
sous son contrôle.
 Le moment est grave. Cette même séance va décider de la dissolution de la présente
législature élue le 27 avril 1958, donner des pleins pouvoirs au Gouvernement pour le
référendum et les élections législatives. L’Assemblée abandonne son droit de critique et d’
amendement sur le texte de la nouvelle Constitution dont le Gouvernement se réserve la
rédaction exclusive. L’ancien Premier Ministre s’inquiète de toutes ces perspectives compte
tenu des incidents que ses collègues et lui-même ont signalés à la tribune.
 Le Ministre d’Etat lui répond :
  « Il n’est pas question de mettre en cause le régime des libertés »
 Or, pendant la période de vacances de la Chambre, le Gouvernement pourra prendre des
ordonnances ayant force de loi. Que va-t-il faire de ce droit ?
En fait, il s’abstiendra de s’en servir de façon trop visible et parviendra à ses fins de toute
autre façon.

LA CONQUETE DU POUVOIR ABSOLU (Les élections et le référendum du 9 avril 1961)

 La décision est prise le même jour, auront lieu le référendum et les élections législatives qui
seront aussi présidentielles (le n° 1 de la liste  puisque le scrutin de liste est adopté étant le
candidat à la Présidence de la République).
 Le collège électoral est convoqué le 9 avril (décret 61-23 du 13 mars 1961).
 La déclaration de candidature doit être fait 21 jours avant soit donc le 18 mars (Loi n° 61-11
du 1er mars 1961).
 Cette déclaration comporte le versement du total de la caution demandée pour chaque
candidat soit 50.000 F CFA et le dépôt de la liste des 51 candidats le n° 1 étant le candidat à
la présidence de la République.
 Réunir cinquante et un candidats, représentatifs du pays du Nord au Sud, décider entre eux
de celui qui portera le flambeau, mobiliser le montant de la caution (soit 2.550.000 F CFA)
voilà une tâche qui même pour un parti organisé requiert du temps.
 C’est bien ce qu’a compris le Gouvernement qui publiera le décret n°61-23 et la loi n°61-11
datés du 13 et du 1er mars au tribunal officiel du 17 mars.
 Il a donc laissé à ses adversaires 24 heures pour tenter de gagner contre la montre une
épreuve perdue d’avance. Malgré cela l’opposition a pu dresser une liste, elle sera refusée
pour des raisons de procédure et un retard de 3 minutes dans l’heure du dépôt. Bien sûr, le
Tribunal administratif rejettera le 30 mars 1961 la requête formulée par l’opposition.
Pourquoi recourir à des ordonnances par trop voyantes quand il suffit de savoir jouer du «
Journal Officiel » à son profit.
Le 9 avril Sylvanus OLYMPIO, en tête de la liste est élu Président de la République, sa liste de
candidats  liste unique  est élue et la Constitution adoptée.
 A la fin de ce même mois d’avril « Antoine MEATCHI (chef de la minorité de l’Assemblée
défunte) est inculpé d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Plusieurs membres de l’U.D.P.T.
dont trois anciens députés et un chef traditionnel seraient également incarcérés.
 C’est ce qu’annonce sèchement le Bulletin Quotidien du 2 mai 1961 publié par le Ministre de l’
Information.
 Le 7 décembre 1962 est adoptée la loi n° 87 instituant une « procédure spéciale applicable à
une certaine catégorie d’infractions prévues et punies par le CODE PENAL ». Il s’agit des
crimes et délits portant atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat.
 « Compte tenu du nombre des magistrats togolais et de l’importance des affaires pendantes
»  explique le rapporteur  il s’agit de supprimer les obstacles préjudiciables à l’administration
rapide de la justice ».
 Désormais le Ministère Public devient le véritable maître de la poursuite et l’instruction. Le
juge d’instruction, la chambre des mises en accusation n’auront plus à l’intervenir. Le parquet
restera seul juge de la suite à donner selon sa propre inspiration.
 La décision du tribunal correctionnel ou de la Cour d’Assises est définitive sous la seule
réserve d’un recours en grâce.



En supprimant tout simplement les garanties traditionnelles des juridictions d’instructions, en
libérant les magistrats de l’information des causes, on pourra enfin constituer autant de
juridictions que de besoin.
Il est dès lors facile de comprendre pourquoi le rapporteur a repoussé du pied comme indigne
du libéralisme et de la tolérance du gouvernement l'idée de créer des tribunaux  d'exception
comme cela se fait dans d'autres pays pour juger les ennemis de l'Etat. Le Gouvernement de
OLYMPIO affirme hautement sa réprobation à l'égard de telles méthodes. Il va plus simplement
se réserver le droit de faire ce qu'il veut avec les tribunaux existants et accélérer vaille que
vaille une justice distributive qui donne un vernis de légalité à des arrestations qui se
multiplient et des internements qui se prolongent.
La caractéristique la plus saisissante de la dictature de Sylvanus OLYMPIO a été de s'abattre
sur tous les points du territoire sans exception en s'acharnant sur des points considérés
comme névralgiques par exemple Atakpamé.
La répression s'est exercée par l'intermédiaire d'un corps  prétorien officieux toujours
mobilisable qui prépare ou continue l'action de la police officielle conduite souvent par le
Ministre de l'intérieur en personne procédant lui-même à des interrogatoires et s'efforçant de
contraindre les interpellés aux aveux rapides et complets. Une action très particulière de ces
commandos consistera à établir des des barrages tels que ceux de Soudima au Nord-Est de
Lama-Kra qui ont pour objet de contrôler et d'empêcher les mouvements de la population en
l'intimidant, en l'obligeant à se procurer le sauf-conduit indispensable: la carte d'adhérent du
parti au pouvoir.
Le régime fait sentir lourdement sa main sur tout le territoire et sans distinction quand besoin
est même sur ses anciens amis les plus fidèles ceux qui l'ont aidé à prendre le pouvoir mais
qui ont fini de plaire ou sont considérés désormais comme dangereux.
S'il est presque normal pour un tel régime que les anciens députés minoritaires soient
emprisonnés comme A. MEATCHI ou contraints à l'exil comme N. GRUNITZKY plus difficile de
s'expliquer que Sylvanus OLYMPIO en soit venu à jeter dans ses geôles un Ben APALOO son
ami d'enfance son cadet de trois mois un SANTOS son neveu par alliance et son ancien
ministre Firmin ABALO.
Le régime de ces prisons est particulièrement pénible pour les détenus. Il s'y ajoute un
supplice raffiné pour leur famille qui reçoit à Lomé une autorisation de les visiter  ― accordée
comme une grâce ― et puis, sur place, à la porte des prisons de Sokodé, ou de Mango elle
s'avère inefficace parce que contredite de façon impérative par ordre téléphonique.
Le poids du parti majoritaire écrase chaque jour davantage une population apparemment
résignée.

LE BUDGET ET LES FINANCES PUBLIQUES

Sylvanus OLYMPIO engage des thuriféraires dévoués qui entonneront tour à tour la louange
du libérateur du martyr de l'homme qui a sacrifié tous ses intérêts matériels à la cause sacrée
de la patrie. Mais Sylvanus OLYMPIO sait tempérer opportunément la flatterie à son égard
quand elle s'exprime à l'étranger pour éviter le risque du ridicule. Un des thèmes favoris de
cette campagne en faveur du Président de la République du Togo, c'est justement de
souligner le côté homme d'affaires "businessman" ce à quoi l'opinion publique anglo-saxonne
est très sensible et très favorable. Il suffira d'ajouter dès lors que le Togo a une chance
exceptionnelle de posséder non seulement un grand homme d'Etat aux visions historiques
mais encore un administrateur solide et expérimenté et c'est ainsi que s'accrédite dans le
monde la légende d'un Togo possédant désormais un budget en équilibre et une balance
commerciale favorable grâce à une gestion enfin sérieuse et à son nouveau régime.
En effet, en 1960, le budget présenté par Sylvanus OLYMPIO est présenté en équilibre parfait
de dépenses et de recettes s'élevant à CFA 2.814.000.000. Mais au moment de l'apurement
de 243 millions C.F.A. (Journal Officiel Débats parlementaires, p.417 1962).
Mais le thème de l'équilibre devra bien être abandonné comme en font foi les chiffres des
budgets qui ont suivi:
EXERCICE                                ECETTES                DEPENSES
Année 1961…………………..                3.057.268.000        3.327.335.000
Année 1962…………………..                3.280.664.000        3.554.635.000

Le budget de l'Etat sera géré de façon très particulière.

a)        Budget des Travaux Publics
Plafonne en 1961 à 339 millions CFA
Il sera ensuite réduit en 1962 à 325 millions CFA
En 1963 porté à 328 millions CFA.
b)        le Budget de la Santé Publique
plafonne en 1960 à 397 millions CFA
Il sera réduit en 1961 à 341 millions CFA
Il sera réduit en 1962 à 343 millions CFA
et finalement porté en 1963 à 364 millions CFA.
c)        le Budget de l'Agriculture
plafonne en 1961 à 154 millions CFA
Il reste en 1962 à 141 millions CFA
et en 1963 à 143 millions CFA.
Dans trois secteurs clefs, c'est donc un coup d'arrêt véritable qui est porté.
 En effet, des budgets qui restent pratiquement inchangés dans des secteurs aussi vitaux que
les Travaux Publics, la Santé Publique, l'Agriculture sont des budgets de misère et de
régression.
 Cette gestion très personnelle des derniers publics sera mieux connue un jour. En effet, le 16
avril 1963, un décret  a créé une commission chargée de déterminer la situation financière du
TOGO au 13 janvier 1963 et de s'informer « de la situation exacte des comptes du Trésor des
caisses autonomes des comptes hors-budget et, généralement de tout compte de l'Etat et
d'organismes publics des engagements de l'Etat et de la dette publique des avoirs et titres
réalisables détenus par l'Etat et les organismes publics ».

LA POLITIQUE SOCIALE
Le premier semestre de 1962 de 1962 sur le plan économique n’a pas été bon.
Disette, inondations succédant à la sécheresse, développement de la maladie de Kainkopé
dans les cocoteraies baisse du prix du  cacao, saturation du marché international du café,
disparition du kapok, hausse des prix des produits importés, l’économie du pays est durement
frappée.
La politique de l’emploi n’est marquée par aucune initiative au contraire.
Les syndicats togolais ont eu l’occasion d’apprécier ― lors d’un incident survenu en décembre
1960 avec le Ministre de la Santé et le Ministre du Travail lui-même faisant fonction du Ministre
de la Santé ― la façon dont le régime entend mener les travailleurs.
Un licenciement sans cause à l’hôpital de Tokoin à Lomé intervenu sans l’accord des chefs
hiérarchiques signifié à l’intéressé sans explication ni motif entraînera rapidement la
suspension des délégués syndicaux qui viennent de remplir leur mandat.
L’Union Nationale des Travailleurs du Togo fait appel à l’ensemble de ses organisations
syndicales pour faire respecter l’exercice du droit de grève. En vain, cette grève sera déclarée
illégale et les ordres de licenciement implacablement lancés contre les travailleurs absents et
aussitôt remplacés.
Quarante jours après avoir ajouté une fête chômée (le 6 septembre en l’honneur de son
anniversaire), Sylvanus OLYMPIO va réagir et prendre le 15 octobre une grande décision une
de celles qui ne trompent pas sur le caractère profond d’un homme d’Etat :
         La semaine de travail est désormais fixée à 45 heures
 Cette mesure n’est accompagnée d’aucune compensation pour les travailleurs ou d’un
sacrifice comparable demandé à d’autres togolais plus fortunés.
 Le régime a voulu signer son œuvre et comme il est de règle constante ajouter une mesure
anti-sociale à son action de régression et de répression politique.


POLITIQUE DE LA JEUNESSE

 Pour maintenir son pouvoir, le gouvernement répugne à faire appel aux jeunes élites
montantes revenant de stages ou d’études à l’étranger ou sortant des écoles du Togo.
 D’ailleurs à la chambre des Députés pour expliquer son refus de faire confiance aux
administrateurs nouvellement promus et frais émoulus de l’ex-Ecole Nationale de la F.O.M.
devenue l’I.H.E.O.M., le Représentant du Gouvernement donne clairement les raisons de cette
attitude, en ces termes :
 « Le poste Chef e Circonscription est à la fois un poste administratif et politique.
Actuellement, le souci politique guide le Gouvernement et dans ces conditions un jeune
administrateur qui vient de sortir de l’école n’a pas cette qualité politique. Il lui faut s’adapter
aux circonstances et au milieu tandis que ceux qui sont actuellement à la tête des
circonscriptions ont été rompus à la politique du pays. Il convient donc que les jeunes
administrateurs fassent d’abord leur preuve dans administrations centrales où d’ailleurs ils
sont plus utiles et que, progressivement ils puissent prendre la relève. »
  Il est difficile d’être pur une fois aussi franc sinon aussi cynique.

UN REGIME, UN HOMME

         L’historien s’interrogera plus tard ― avec des éléments dont il n’est pas possible de
disposer aujourd’hui ― sur les raisons qui ont amené la transformation irréversible d’un
homme formé aux disciplines libérales de l’Angleterre traditionnelle et qui glisse vers le pouvoir
personnel, la volonté de puissance absolue, l’amour immodéré des honneurs, des hommages
et de la flatterie puis se complait ― après avoir emprisonné ses adversaires et ses anciens
amis ou les avoir contraints à l’exil ― dans l’exercice d’une dictature implacable.
         Sa réussite matérielle en tant qu’agent général d’une des plus importantes sociétés
commerciales de Lomé a été éclatante. Peut-être à cette occasion conviendra-t-il d’éclairer le
paradoxe intérieur du même homme qui s’oppose de toutes ses forces au régime colonial à la
puissance administrante et qui sur le plan matériel fonde sans complexe une solide fortune
personnelle sur l’économie de traite dont il devient un des représentants les plus connus de
toute l’Afrique Occidentale. C’est pourquoi le reconnaissant comme un des leurs, les membres
de la Chambre de Commerce dut Togo l’appelleront pendant une brève période à la
présidence de leur assemblée consulaire.
         Plus tard, dans ses biographies officielles, Sylvanus OLYMPIO préférera tout
naturellement la quantité de planteur à celle de commerçant-exportateur. Ce mépris semble
significatif.
         Comment dès lors comprendre qu’un tel homme rompu aux affaires, réaliste, prudent,
avisé, homme d’âge en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels, ayant
reçu de la vie des satisfactions familiales et professionnelles, placé dès ses premiers pas par l’
existence dans une position privilégiée par rapport à l’écrasante majorité de ses concitoyens
du même âge, comment un tel homme a pu au faîte de son succès personnel se laisser griser
par le pouvoir et l’exercice du pouvoir et accumuler des preuves de faiblesse de plus en plus
accablantes :
         Il se laisse nommer Président à Vie de l’Unité Togolaise au Congrès d’Atakpamé le 22
janvier 1961.
         Il crée successivement deux ordres : le 2 septembre 1961, l’ordre du Mono « pour
récompenser les services rendus à la Nation » puis le 14 mars 1962 l’Ordre National d’
Honneur « pour récompenser ceux qui, par leur action et les sacrifices consentis à la cause de
la Patrie, ont porté le Togo à l’indépendance ».
         Il prévoit dans le cérémonial du second « de reconnaître comme son compagnon dans
sa lutte pour l’indépendance du TOGO, un nombre restreint de fidèles pour lesquels l’
indépendance c’est OLYMPIO », pères souverains de la patrie.
         Il promulgue la loi du 29 novembre 1962 aux termes de laquelle le 6 septembre, jour
anniversaire de la naissance de Sylvanus OLYMPIO, Premier Président de la République du
Togo, sera jour férié chômé et payé.


         Il faudra aussi tenter d’expliquer comment après avoir assuré cyniquement son pouvoir
par une élection présidentielle et un référendum garantis par une liste unique de candidats de
son parti aux élections législatives du 9 avril 1961, Sylvanus OLYMPIO, au sommet de sa
gloire n’ait pas senti le besoin de laisser souffler un peu son peuple, de relâcher son étreinte.
Au contraire il se dirige avec détermination accrue vers un despotisme sans limite, dissout les
partis le 13 janvier 1962 et multiplie les arrestations et les actes d’arbitraire.
         Il va même prendre un risque nouveau. Rompu aux contacts avec l’extérieur qui lui ont
si bien réussi en politique avec l’ONU qu’en affaires, ayant eu le goût des échanges, voici le
même homme qui s’enferme et enferme son pays dans un isolement d’avec tous ses voisins et
qui se met même à dénoncer l’un d’eux comme l’ennemi du Togo et ceci sur la place publique.
Il jette à la réprobation et à la haine populaire les noms associés du Chef de l’Etat du Ghana
et de ses adversaires politiques.
         Cette politique néfaste et dangereuse conduisait peu à peu le Togo vers l’isolement
diplomatique, le faisant  participer à la balkanisation d’une Afrique qui a plus que jamais
besoin de voir ses différents Etats et groupes d’Etats multiplier leurs contacts, développer en
échanges d’hommes, de marchandises, d’expériences. Le TOGO devenait peu à peu une
pomme de discorde qui n’aurait pas tardé à provoquer le pire si…
         A cet homme, dont le nom qui évoquait déjà la mythologie grecque, irrésistiblement s’
applique la devise.
         « Ceux que Jupiter veut perdre, il leur fait perdre le sens commun. »
         Trop d’exemples dans l’histoire montrent quelle catastrophe a échappé la jeune
République du Togo, sur le plan intérieur, et les chancelleries le dévoilement un jour sur le
plan extérieur.


          









DEUXIEME PARTIE

___________


TEMOIGNAGES
ET
DOCUMENTS




Cette seconde partie contient quelques exemples précis illustrant de façon concrète l’exposé
résumé de l’histoire du TOGO entre le 27 avril 1958 et 13 janvier 1963 contenu dans la
première partie.

Le TOGO a fait son choix : il choisi la voie de la clémence, du pardon menant à la
réconciliation et à l’unité nationale.

Au milieu des épreuves les plus cruelles, pour les homme de bonne volonté et de bonne foi, c’
est-à-dire pour la majorité des citoyens togolais, cette voie apparaissait déjà comme la seule
voie vers le salut de la nation, pendant la longue nuit de la tyrannie.
Volontairement limité à quelques témoignages empruntés aussi bien à des amis qu’à des
adversaires, mais victimes les uns comme les autres d’un traitement barbare, le rappel que
tant de sacrifices, tant de douleurs, tant d’injustices constituent un dépôt sacré, le ferment
même d’un avenir meilleur, le garant de la paix des esprits et des cœurs.
En effet, à quelques cas qui seront évoqués dans les pages qui suivent, combien faudrait-il
ajouter d’autres victimes qui resteront à jamais inconnues, tombées au cours d’opérations de
répression collective, succombant plus tard de froi, de faim, après avoir réussi à s’enfuir en
brousse, condamnées parfois sur place à une lente agonie, victimes d’extorsion d’aveux,
obligées de force dans certains cas à creuser leurs propres tombes.



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Les droits de la minorité
Michel AYASSOU                                Emmanuel FIAWOO

Le régime de Sylvanus OLYMPIO a, par deux fois, au cours de sa première année d’existence,
montré son mépris des libertés constitutionnelles, en foulant au pied l’inviolabilité des
représentants élus de la Nation. Il s’agissait pour lui de décourager toute opposition
parlementaire, de façon particulièrement frappante. C’est ce qui se passe le 11 juin 1958, puis
le 9 mai 1959.

a) 11 JUIN 1958

         Le Président de l’Assemblée, M. SAVI DE TOVE sollicite d’assurer la protection de deux
députés de la minorité : MM. Emmanuel FIAWOO, député de Tsévié, et Michel AYASSOU,
député de Tabligbo-Ouest, à la fin de la séance du 11 juin 1958, tente d’abord une
intervention auprès des manifestations groupés dans l’enceinte même de l’Assemblée.
         Il se déclare impuissant à les calmer et engage les deux députés à tenter à sortir sous
sa protection. C’est alors que les manifestations, au nombre d’une cinquantaine, s’attaquent à
la personne de Michel AYASSOU, l’assomment à coups de matraques, et se mettent à
déchirer ses vêtements.
         Lors de l’interpellation qui suivit, le 2 juillet 1958, le Ministre de l’intérieur déclare : « Le
Gouvernement déplore un tel acte qu’il trouve inadmissible, qu’elle qu’en soit la cause. Aussi,
une enquête de police est-elle ouverte contre les auteurs de cet incident et des mesures
seront prises pour éviter le retour de pareils faits. »
         Inutile d’ajouter qu’il ne fut jamais reparlé de cette affaire.

b) 9 MAI 1959

         Un second incident, aussi scandaleux et comparable à celui du 11 juin va se produire :
la victime en sera Emmanuel FIAWOO.
         A l’issue d’une séance du matin dans la cour même de l’Assemblée, vers 11h 30, le 9
mai 1959, un groupe de six jeunes gens attaque le député grièvement à la tête et le seul
garde du service d’ordre présent refuse à intervenir, malgré la demande qui lui en est faite par
M. A. MEATCHI, député de LAMA-KARA.
         Ruisselant de sang, M.E. FIAWOO trouvera la force de se présenter en échappant aux
mains de ses agresseurs, au Président de la République et au Ministre de l’Intérieur pour leur
montrer à quels excès aboutit leur politique. En fait, M.E. FIAWOO vient de payer, comme
ancien ministre du précédent gouvernement et membre de la minorité, pour un crime de lèse-
majesté : celui d’avoir demandé qu’une date soit fixée pour proclamation de l’indépendance du
TOGO.
         En avril 1960, Emmanuel FIAWOO assistera à une conférence parlementaire inter-
africaine, siégeant à ACCRA (Ghana). Il se fait l’écho des incidents dont il a été victime et fait
part de ses inquiétudes sur l’avenir politique du Togo. Il reçoit alors l’avis d’avoir à ne jamais
revenir au Togo, s’il tient à la vie.
         Sa maison de Tsévié, après avoir été pillée au cours de quatre visites domiciliaires
successives, est occupée par un groupe de la « Jeunesse Pionnière », organisation qui
contient en germe les éléments d’une future garde prétorienne dans laquelle il sera possible
de recruter des commandos d’interventions bien décidés.
         Au début de 1962, son épouse, Monique FIAWOO, est convoquée au Commissariat de
police, « agissant en vertu des instructions de l’autorité compétente contenues dans la lettre
confidentielle n° 34-C/SDN du 17 janvier 1962, de M. le Directeur de la Sûreté Nationale ».
Cette convocation a pour objet de saisir tous les biens meubles et immeubles appartenant à
Emmanuel FIAWOO. Le 17 mars, la saisie est effectuée au nom de la loi au profit de la
République Togolaise.
         Emmanuel FIAWOO se sera vu interdit entre temps, le 19 janvier 1959, d’assister aux
obsèques de son beau-père, le chef MAGLO, à AGBATOPE, à 5 km à l’Est de Tsévié.
         Un de ses amis, TALATA Taraouri, sera attaqué sur cette route, en se rendant à cette
cérémonie. Gravement blessé à la tête, il devra être hospitalisé à Lomé.




A TRAVERS LE TOGO


LAMA-KARA – PAGOUDA – NIAMTOUGOU



Antoine MEATCHI

 La région de LAMA-KARA, pays des cabrais a constitué une véritable citadelle de résistance
au raz-de-marée des élections du 27 avril 1958. Les quatre circonscriptions électorales élisent
quatre députés d'opposition: Marcel AGBA, François BATCHASSI, Albert KPATCHA, Bénoît
PALANGA.
 A vingt kilomètres au Nord, Niamtougou à l'Ouest, Pagouda à l'Est confirment la même
détermination « des chefs et des populations du Nord » en élisant Clément AISSAH et Léonard
YWASSA, Valentin BLAKIME et Antoine MEATCHI.
 MEATCHI, ancien Ministre de l’Agriculture, va payer cher ses interventions à l’Assemblée
Nationale. Pour revenir de sa circonscription en janvier 1959, après avoir été assailli, reçu un
coup de couteau au visage ; avec une côte brisée, il emprunte à Blitta, terminus du chemin de
fer, le train pour Lomé où un accueil spécial lui a été réservé. Il évitera le pire en descendant
avant Lomé, sur le conseil de ses amis.
 En 1960, à Lama-Kara, il est assiégé dans sa maison. Des coups de fusil sont tirés sur lui
sans l’atteindre. L’ordre d’en terminer avec lui est donné. Pour éviter les barrières de la police
parallèle, il rejoint Lomé en faisant un détour par le Dahomey.
 Lors des élections et du référendum du 9 mai 1961, le Nord manifeste son impatience contre
le gouvernement ; des urnes sont brisées en réponse aux manœuvres des responsables
officiels des bureaux de vote.
 La police sur tout le territoire a perquisitionné chez tous les membres de l’opposition et saisit
les armes personnelles de défense et de chasse.
 Trois jours après, un gigantesque coup de filet s’abat sur les députés et les chefs de la
région de Lama-Kara, MEATCHI est entièrement dépouillé de ses vêtements, promené à pied
jusqu’à la place du marché où il est condamné à danser. Il est mis en prison après une
semaine de cellule.
 Le même jour, un instituteur d’une école catholique est déshabillé devant ses élèves et reçoit
une sérieuse correction. D’autres sévices le priveront de pouvoir désormais rester debout, son
bassin ayant été fracturé.
 Les cent cinquante prisonniers politiques de Lama-Kara seront transformés en esclaves des
prisonniers e droit commun dont ils assurent les servitudes domestiques, et les corvées les
plus humiliantes par le seul moyen de leurs propres mains…
 Dans cette prison, impossible de dormir couché, le local ne peut abriter qu’un nombre réduit
de personnes ; le reste est condamné à subir les intempéries de jour comme de nuit.
 Libéré par erreur, un commando se rend à l’hôtel où il est supposé être descendu pour l’
abattre. Il a eu, tout juste, le temps de rejoindre DJOUGOU, au Dahomey. Violant sans
vergogne la frontière du Dahomey, un second commando togolais arrivé à DJOUGOU, après
le départ de MEATCHI pour Cotonou. Pour assurer sa sécurité, MEATCHI quitte le Dahomey
pour le Nigeria où il vivra pendant neuf mois, en parvenant à cacher sa retraite aux agents
chargés de l’abattre.
 Pendant cette époque, les vengeances s’abattent sur sa famille, dont sont victimes d’abord
son frère et sa sœur.
 Son beau-frère, l’Adjudant-Chef Adam TCHANVILLE, sera assassiné à Sokodé.
 Un oncle, victime d’un accident d’automobile, et une sœur se verront refuser les soins à l’
hôpital à cause de leur parenté avec l’ancien Ministre. Ils succomberont, et Antoine MEATCHI
n’aura l’autorisation d’assister à leurs obsèques.
 A Lomé, sa femme Joséphine est à son tour arrêtée et battue. Elle refuse de signer une
demande en divorce contre son mari. Pour la priver de ressources, on empêche les locataires
éventuels d’un appartement dont elle dispose dans son habitation d’entrer dans les lieux. Elle
réussit, étant enceinte, à quitter Lomé avec se deux enfants pour Abidjan, où elle retrouvera
son mari et la possibilité d’exercer pour vivre métier de puéricultrice diplômée.
 Un autre oncle d’Antoine MEATCHI, TCHOKOSSI, Chef de Canton de Sirka, est gravement
molesté, laissé pour mort sur le terrain.
 Les adversaires, le voyant se redresser, le ramenèrent chez lui, l’enferment dans sa case et
mettent le feu à la toiture. Il mourra brûlé vif. Les assaillants n’ont jamais été inquiétés.


Albert KPATCHA, député, LAMA-KARA OUEST, qu’esteur de l’Assemblée Nationale
 
 Albert KPATCHA, se rendant le 19 juillet 1958 de Lama-Kara à Kétao (vingt kilomètres Nord-
Est de Lama-Kara), est attaqué en arrivant au village de Soumdina. Le même jour, étant
donné la gravité de son état, il est successivement transporté à Pagouda, puis à Lama-Kara et
enfin à Sokodé. Il devra rester hospitalisé pendant vingt et un jour.
 Le 22 avril, après le référendum, il est mis en état d’arrestation à Lomé. Il est transféré
successivement à Lama-Kara, puis à Sokodé. Il reste interné jusqu’en novembre 1962 avec
deux cents autres personnes dont les collègues AGBA Marcel (Député de Lama-Kara Nord),
BATCHASSI François (Député de Lama-Kara Est) et ABALO Firmin (Député de Badou, 60 km
à l’Ouest d’Atakpamé).
 Son frère aîné, Bakoudi KPATCHA, est chef de Canton de village Yadé, situé à 10 km au
Nord de Lama-Kara. Il fait l’objet d’une agression entraînant une fracture du crâne le 6
novembre 1958. Il doit être hospitalisé pendant un moi à Lama-Kara. Son état s’aggrave, il est
transporté à Sokodé, puis, dans le coma, à l’hôpital de Tokoin (Lomé).
 Les agresseurs sont libérés le même jour où il comparaît lui-même en jugement, transporté
sur une civière. Il est condamné et fait appel en vain.

LOUIS NOEL LEVINAIS, MONITEUR DE L’ENSEIGNEMENT OFFICIEL A BAGUIDA

 Le témoin impuissant d’un matraquage en règle de A. MEATCHI à midi à la porte d’un
restaurant ; il est à son tour victime de violence à la fin de la journée jusqu’à 22h 30. Il est
condamné à une amende de 15.000 CFA. A partir de ce moment, il fera l’objet de menaces
continuelles et soumis à des réclamations hebdomadaires de sommes d’argent. Le 23 février
1961, n’ayant pu s’exécuter une nouvelle correction.

ALAWI ELOI, AGENT C.F.T.

 Révoqué de ses fonctions en 1960, il rejoint le village de Sotouboua (60 km au Sud de
Sokodé), où il habitera avec son frère. Les  partisans du gouvernement font savoir à la
population qu’en conclusion du Congrès de leur parti à Atakpamé, fin janvier 1961, désormais,
il leur est permis de traiter selon leur volonté les citoyens togolais qui n’auront pas souscrit
une carte d’adhésion du C.U.T. (Parti de l’Unité Togolaise). ALAWI sera soumis à une demi-
heure de supplice chez le Chef de la Circonscription avec un de ses amis, le garde-forestier
PANA Koffi. Pendant un mois, avec d’autres amis, ALAWI et PANA seront condamnés à de
véritables travaux forcés. Au départ et au retour de ses corvées, les coups recommencent.
Quand les blessures sont trop fortes pour le travail, c’est la peine de réclusion qui est
appliquée avec privation de nourriture. Au jour de sa délivrance, ALAWI quitte Sotouboua pour
Kazaboua, 25 km plus au Sud, puis pour Kouméa, où il sera en sécurité relative après avoir
été dénoncé comme un ennemi du régime au Chef de la Circonscription.

THEOPHILE E. BITHO, MONITEUR D’ENSEIGNEMENT OFFICIEL A PESSIDE (22 KM NORD-
OUEST DE KANDE)

En juillet 1958, BITHO se verra refuser l’autorisation de partir à Dakar pour entrer à l’Ecole de
Gendarmerie à laquelle il a été reçu brillamment. A la rentrée des classes, il est affectéà
Nodoba (au Nord de Kandé, à la frontière du Dahomey), où lui et son collègue KEEMEY
Thomas seront soumis à la tyrannie de leurs propres élèves. Le 9 avril 1959, date des
élections aux Conseils de Circonscription, il est battu comme candidat de l’opposition dans la
circonscription de Lama-Kara.



TSEVIE

 La région de Tsévié, sutée immédiatement au Nord de Lomé, sera spécialement visée par les
partisans victorieux du C.U.T. après les élections du 27 avril 1958, puisque cette région a
réélu un Député d’opposition, Emmanuel FIAWOO, ancien Ministre de l’Information dans le
gouvernement précédent.
 Aux coups et blessures, aux destructions des biens meubles et immeubles, à l’incendie des
habitations et des récoltes, au massacre des animaux domestiques, se sont ajoutées dans
cette région les mises à l’amende calculées à la fois en une somme d’argent et en un certain
nombre de bouteilles de gin et aussi les notifications d’abandon de droit de propriété, devant
témoins, imposées à telle victime au profit du patrimoine de son adversaire.
 La liste des victimes, ci-dessous annexée, permet de noter que les habitants dans villages
les plus éloignés n’ont  pas été épargnés.
 Retenons le cas de :

ADANDOGOU Joseph, Secrétaire administratif au Tribunal de Tsévié

 Le 9 février 1959, son habitation est pillée et incendiée, au quartier Asiama, dans la partie
Sud de Tsévié. Il est licencié de son emploi le 13 mai 1960, après neuf années de service.
 Le 1er juillet 1960, il accepte la charge dangereuse de créer la Section U.D.P.T. de Tsévié. Il
est obligé, sous menace de mort, après ses protestations concernant les inscriptions sur les
listes électorales, de quitter Tsévié pour Gamé, à une quarantaine de kilomètres, plus au
Nord, sur la ligne du chemin de fer Lomé-Blitta. Sa vie est mise à prix. Il se réfugie, le 15 mars
1961, au domicile même du Président Nicolas GRUNITZKY. Condamné par défaut à six mois d’
emprisonnement, il s’enfuit au Ghana le 8 avril 1961.
 Sa femme, Francisca, sera menacée, mise en résitance surveillée pour lui faire avouer où se
trouve son mari.
 Son frère cadet, Yao ADANDOGOU, au début du mois de mai 1958, fait l’objet d’une
agression. Fait exceptionnel, ses agresseurs seront condamnés, le 15 mai, à quinze jours d’
emprisonnement et à 10.000 CFA d’amende.

LES  VICTIMES  DE  REGION  DE  TSEVIE
TSEVIE  (35 Km au nord de Lomé) : KPEGLO  Gepil,  ABOTCHI  Atsou  Stanislas,  AHSNIABO  
Thérésa,  ZDOUE  Samuelle,  BADHA Mossés (Quartier bacoudji),  SOMALI  klou  (Quartier  
Asiama),  KPOVITO  Kossi ,  Maçon  (Quartier Asiama),AMECY  Raphaël,  Agent  Voyer  
(Quartier  Gare),  AGBEDEKA  Kouderah (Quartier  Ndagni),  NOUDODA   James,  
Contremaître de Travaux publics,  BRON  Edmond,  Facteur  Chemin  de fer, AVOGA Kokou,
ASIAMA Klu Somali.
GAPE (23 km Nord-Est Tsévié) : AMOUSSOU Mama, AJOURA Michel, Chef de Canton de
Gapé, ALIDOU Adam.
LILI-KOVE (18 km Nord de Tsévié) : AMIDOU Issifou.
ALOKOEGBE (16 km Ouest Tsévié) : DZAKAS Michel.
KODJO (17 km Nord-Est de Gapé) : ATIGA Daniel, KLOUVI Fio, Sous-Chef du village de Kodjo.
GATI (25 km Nord-Est Tsévié) : ETIE Komlan, Chef, ABOUZOUKER Kejomedo.
HAVE (10 km au Nord de Tsévié) : KOVIA Ambroise, Chef de village de Havé, GENOU Sisa,
ATTIT Sogbé, Cultivateur.
FONGBE (au Sud de Gati) : AGEMALI Dally, Chef du village de Fongbé, LIASSIDJI Dyassou.
AGBATOPE : MAGLIO Philomène.
KLOKPOE (Ouest de Tsévié) : KPODO Kossi.
KOVIE : GOGNO Alavi, ABAYAVON Gbadago, VIVO Menda, ZAVON Kossi, Chef de village de
Kovié.
DALAVE (6 km Sud de Tsévié) : GUIDIGA, Chef de Canton de Dalavé, AGBODJALOU Akakpo.
ADANGBE : AMADOU Adinbo.
MISSION-TOVE (25 km au Sud-Ouest de Tsévié): LABA Métigo, Acheteur de produits,
KPELLY Alex, MOKLEI Léo, KPELLY Ephraïm, Chef de Canton, tué le 23-12-1959.
KPELLY, son fils, condamné à l’exil, TONNUS Aoudi, Cultivateur (Quartier Diosé).
DAVIE (5 km au Sud de Tsévié) DOGBLA Antoine, Chef de Canton de Davié.
ASSOME (5 km Sud de Davié) : KADJALHO Asiato, Chef de village AZIGIBA Kokou.
AGBATOPE : DOUBA Andrès, Régent.
GBLAINVIE (2 km Nord de Tsévié) : TOULASSI Apedo, Chef de Village de Gblainvié, DZICA
Koba, TODJO Elo, TOUVON Vagnon.
XOBONNE SEDJRO (au Sud de Tsévié) : KODJO, Notable Quartier Xobonne Sedjro.

TOGO PRESSE                                                                Lundi 26 novembre 1962

TOGO… TOGO… TOGO.. TOGO
Dahomey - Dahomey - Dahomey - Dahomey - Dahomey -

AUX ASSISES DU TOGO
Huit personnes ont comparu devant les assises, lors de la quatrième audience de l’actuelle
session, les unes accusées de coups mortel sur la personne d’un vieillard de 75 ans, M.
Kokou Agbo, ancien chef du parti du Progrès à Gléi (Circonscription d’Atakpamé), les autres
poursuivies pour complicité, pour coups et blessures volontaires sur les personnes de Mmes
Assoko Adjifesso et Koko Kodakou, respectivement épouse et sœur de la victime, toutes deux
âgées de 70 ans environ.
Il s’agissait de Gouvidé Tadegnon, 65 ans, militant du parti de l’Unité Togolaise à Gléi-Ayolé
Sohouénou Fisso, 35 ans, Gbagbavi Dossou, 38 ans Kodjo Kpadonou, 30 ans, Degla Ayovi,
28 ans Dagan Agossa, 24 ans, Gbebioho Novignon, 38 ans, Yamoutché Assogba, 32 ans,
cultivateurs domiciliés à Gléi.
LES FAITS
Le 19 février 1961, à Gléi, une réunion avait été convoquée par M. Kpossè, Président général
du CUT de la région, réunion à laquelle M. Kokou Agbo avait été convié.
Un deuil étant survenu ce jour-là, la réunion fur reportée.
Cependant Goudévi Tadegnon, décida de convoquer chez lui M. Agbo afin de lui demander
des comptes sur son comportement politique. Il lui envoya d’abord deux messagers. Ces
derniers tardant à revenir, il chargea Sohoménou de prendre plusieurs hommes avec lui et de
ramener le vieillard au besoin par la force.
Une vingtaine d’hommes certains armés de bâtons, d’autres de chaînes de bicyclettes, se
rendirent au domicile de M. Agbo. Celui-ci, sans la moindre résistance, suivit la troupe qui, en
cours de route, se mit à le frapper violemment. Parmi les agresseurs, furent identifiés, Donou,
Kpadonou, Agossa, Novignon et Assogba.
Ceux-ci avaient tellement roué de coups M. Agbo, qu’arrivé à destination, il s’écroula,
gémissant, sans pouvoir répondre aux questions que lui posait Tadégnon.
Réalisant alors les conséquences de tout cela, Tadégnon, ordonna que M. Agbo soit
transporté à son domicile.
En chemin, la femme et la sœur du vieillard ayant voulu intervenir furent prises à partie et
molestées notamment par Ayovi, Novignon, Donou, Kpadonou et Agossa. Un habitant du
village, M. Kokou Tognon, qui tentait d’apaiser les agresseurs, a été, à son tour, frappé d’un
coup de chaîne de bicyclette à l’épaule par Dagan.
M. Agbo fut finalement déposé devant la porte de sa maison. Il devait décéder un peu plus
tard.         LES DEBATS
A l’interrogatoire, plusieurs accusés se sont mutuellement chargés. En revanche, Gouvidé
Tadégnon a reconnu une partie des charges retenues contre lui ; il a déclaré avoir eu l’
intention de faire « bastonner » M. Agbo, au cas où à l’interrogatoire qu’il lui ferait subir, ce
dernier ne répondait pas correctement ; mais il a nié avoir jamais donné l’ordre à ses envoyés
de le frapper.
Malgré quelques contradictions, tous les témoins ont été unanimes sur le fait que les accusés,
à l’exception de Tadégnon (qui attendait chez lui) et de Fisso (qui, lui, dirigeait l’agression à
coups de sifflets), ont été les auteurs des coups qui ont causé d’une part la mort de M. Agbo,
d’autre part, des blessures à Mmes Adjifesso et Kodokou.
Dans son réquisitoire, l’Avocat Général, M. Abolivier, a déclaré qu’il ne s’opposait pas à ce
que soient octroyés aux accusés les circonstances atténuantes, et qu’il souhaitait de la Cour
un verdict humain, un verdict de sagesse, qui puisse faire revenir le calme dans cette région.
M d’Almeida et Kutuklui défenseurs des accusés, soulignait le caractère politique de cette
affaire, ont demandé à la Cour de juger avec maximum d’indulgence.
La Cour dans son verdict a déclaré les accusés coupables des faits qui leur étaient reprochés
; elle a accordé à tous des circonstances atténuantes.
Gouvidé Tadégnon et Sohouénou Fissou ont été condamnés à 3 ans d’emprisonnement
tandis que les autres, Gbagbayi Dossou, Kodjo Kpadénou, Degla Ayovi, Dagan Agossa, se
sont vus infliger 2 ans de prison chacun. Tous ont été dispensés de l’interdiction de séjour.
En ce qui concerne le dommages et intérêts, la Cour a condamné d’une part tous les accusés
solidairement et conjointement à verser 400.000 Francs à M. Fagnon Agbo, représentant la
famille Agbo (d’autre part ces mêmes – excepté Tadégnon et Fisso à verser solidairement et
conjointement 10.000 francs à Mme Koko Gadokou.




Fac-similé du Journal « TOGO-PRESSE », daté du Lundi 29 Novembre 1962 et relatant le
procès des tortionnaires de Kokou AGBO (Voir page 32).


II

ATAKPAME
Déchaînement des vengeances après les élections du 27 avril 1958 dans la région d’
ATAKPAME

La région clef d’Atakpamé a vu la réélection victorieuse de Ncolas GRUNITZKY, ancien
Premier Ministre sortant Chef du P.T.P. (Parti Togolais du Progrès), grâce auquel la minorité
(douze députés sur quarante-six) conservera un animateur incontesté.
C’est donc, sur cette région qui a eu l’audace de braver par sa fidélité, les nouveaux maîtres
du pas que va s’abattre une vengeance féroce, dès la fin du mois d’avril et jusqu’à la fin du
mois de juin.
I. Les tableaux ci-dessous donnent un aperçu des plantes effectivement déposées non
seulement par les citoyens togolais mais dahoméens et des Nigériens établis de longue date
dans la région.
― 45 plaintes en mai, 11 plaintes en juin.
Pour le compte d’une centaine de victimes : tel est le bilan de l’opération.
II. Mais pour assurer le régime de terreur et décourager les plaignants d’importuner la justice,
une année après dans la même ville d’Atakpamé, sur le territoire du Quartier de Djama ont
recommencé bien que moins importantes, les violences caractérisées sur plus d’une trentaine
de personnes. Au cours des journées des 26 et 27 avril 1959, huit personnes devront être
hospitalisées.
Ce sont, cinq hommes : TOSSAH Gilbert, MILLER Griffith, EDOH Athanase, OBIM Augustin,
SENAYA Roudophe ; et trois femmes ; AMAIZO Juliana, BOUDJO Nontoukpe VITA Mensah.
Trois moulins à maïs sont détruits par les assaillants.
Il est difficile de faire un choix pour illustrer le genre de traitement réservé aux victimes dont
nous joignons la liste.
Quelques cas particuliers doivent être signalés :
1.        Au village d’Ogou-Zinker, une colonie de Nigériens a fondé depuis 1948 un quartier
actif appelé Zongo. Le 25 mai 1958, ce quartier sera mis à feu. Ses habitant seront
condamnés à quitter le Togo dans les vingt-quatre heures sans pouvoir récupérer le peu de
leurs biens restants.
2.        Une mère de famille d’Atakpamé (Quartier Gnagna) : Aroubouté AMEGBLETOR est
attaquée le 11 juin 1958 en sortant de chez elle le matin pour aller chercher des médicaments
pour son fils malade. Elle est conduite par une foule hurlante complètement dévêtue, battue,
injuriée et condamnée à danser sous les coups.
3.        Vicotor ATAKPAMEY, Député d’Atakpamé Centre.
 Le 12 mai 1958, la maison qu’il fait construire au Quartier Djama d’Atakpamé est démolie et
rasée. Il fait l’objet de menaces de mort et de tentative de meurtre. La plainte, déposée le 15
mai, ne recevra aucune suite. Bien au contraire, le 20 juin ― quelques jours après ― il reçoit
son ordre de mutation pour rejoindre Anécho en qualité de Chef de Subdivision. Il est alors
possible de l’y arrêter, ce qui eût été difficile dans sa ville natale d’Atakpamé. Il fait l’objet d’un
mandat de dépôt.
Au cours d’un procès confus, par un conflit de juridiction ― il est condamné (après vingt mois
de prévention) à cinq années d’emprisonnement. Il purge sa peine à Mango sans être autorisé
à recevoir des visites ou du courrier et sans pouvoir communiquer avec son avocat. A la date
de sa libération, il est gardé illégalement une semaine de plus. Il parvient à quitter le Togo et à
rejoindre le Dahomey au début de 1963.
4. Témoignage d’Emmanuel AWOKOU avec les événements politiques d’Atakpamé 1959-1961

Lors de la grève organisée par le Bureau du Syndicat de l’A.M.A. et de l’hygiène du Togo en
décembre 1960, contre les abus de révocation du Ministre de la Santé du Togo, M. AWOKOU,
qui exécutait comme tous les autres Secrétaires régionaux de toutes les circonscriptions
administratives du Togo, les ordres donnés par le Bureau Directeur au sujet de la grève avait
suivi strictement les consignes.
Arrêtés sous les ordres du Chef de circonscriptions, M. Eusèbe AFIDEGNON, fils du Président
du Parti, MM. AWOKOU et AMEGAH Emmanuel avaient été condamnés respectivement à huit
jours de prison, 5.000 francs d’amende et cinq jours de prison puis 3.000 francs d’amende.
C’est ainsi qu’à l’aube du 14 février 1961, la commando dirigé par MAMADOU Rafiou s’était
introduit par effraction au domicile de mon père.
Le commando avait donc attaqué mon père et oncle Koudor Fandodji, ce dernier a trouvé la
mort en exil à la suite des sévices dont il avait été l’objet ;
Après mon père et mon oncle, ce fut le tour de mes deux tantes et de ma mère qui avait eu
une fracture de l’humérus gauche.
Ayant appris que, pour mon absence, des atrocités exagérées avaient été perpétrées sur la
personne de mes parents, je dus sortir de mon refuge pour me présenter chez le Président du
Parti de l’Unité Togolaise, M. Staniclas AFIDEGNON. C’est donc devant sa maison au quartier
Djama que je m’étais trouvé devant une haie des partisans du régime armée de toutes sortes
d’engins. Ceux-ci s’étaient jetés sur moi sans aucun interrogatoire. Je fus terrassé, puis battu
jusqu’au sang. Je perdis connaissance. Mais lorsque je la repris, ils me demandèrent de me
relever. C’était en ce moment que je m’étais rendu compte que j’avais une fracture fermée du
tibia et du péroné, confirmée en avril 1961 par un examen radiologique à Moscou. Etouffé par
les sévices et les tortures dont je venais d’être victime, je dus demander de l’eau à boire.
L’ordre avait été donné de me faire boire de l’eau chaude diluée de mon propre sang.
Pour n’avoir pas obéi à ses ordres, le Président AFIDEGNON avait refusé de me faire
admettre à l’hôpital.
Après quelques heures de supplications de certaines personnes de son Parti, M. AFIDEGNON
avait fini par accepter qu’on m’admette à l’hôpital où le Docteur Carlos De MEDEIROS avait
été plusieurs fois menacé pour les soins précieux qu’il administrait à toutes les victimes des
atrocités des partisans du régime.

MOIS DE MAI 1958
Nuit 7/8 mai ― CHRA : THOUDOGUIN Pascal, Commerçant
Nuit 8 mai ― ATAKPAME (Quartier DJAMA) : AGBO Luis, Commerçant
Nuit 11/12 mai ― ATAKPAME (Quartier GNAGNA) : AFAN Sodokpo, Chef de village OUNTIVOU
Nuit 12/13 mai ― ATAKPAME : ABALO André, Commis d’Administration.
Nuit 12 mai ― AGBONOU : GODO Assoumana, Agriculteur.
Nuit 12 mai ― ATAKPAME : AGOUNKE Raphaël, Acheteur.
Nuit 12 mai ― ATAKPAME (Quartier DJAMA) : AKODA Koffi, Secrétaire du Chef Canton.
-        ATAKPAMEY Victor, Chef Subdivision.
12 mai ― ATAKPAME (Quartier DJAMA) : ATCHEAKOU Antoine, Propriétaire.
Nuit du 12 mai ― ATAKPAME (Quartier LOMNAVA) : OGBONE Sissihin, Revendeuse.
ABOUDOU Adjima, Revendeuse.
Nuit 12/13 mai ― LEKOHAN (près TCHAPALI) : ANKOU Aguidi, Revendeuse.
14 mai ― AKPARE (Quartier GNAGNA Atakpamé) : DAWOLOR Katche, Chef de Village
15 mai ― ATAKPAME (Quartier DJAMA) : ANKOU Aguidi, Chef de Village Atakpamé ;
15 mai ― ATAKPAME (Quartier DJAMA Assoké-Copé) : KOSSI Kobilé, Chef de Village.
15 mai ― NGBAFO : ALFA Abalo, Scieur
16 mai ― IDORI : TCHALLA Koffi, Chef de village, (au nom de dix autres plaignants)
19 mai ― LAWOUROUKOPE : AGBO Koko, Chef de village
18 mai ― LAWOUROUKOPE : FANTODJI Afakodja, Cultivateur
18 mai ― LAWOUROUKOPE : YAKAOU Kokou, Cultivateur
18 mai ― LAWOUROUKOPE : Yakaou Edoh, Cultivateur
18 mai ― LAWOUROUKOPE : KOUTSONA Komi, cultivateur
18 mai ― LAWOUROUKOPE : AKODAH Agboh, Cultivateur
18 mai ― LAWOUROUKOPE : KODJOVI Anani, Cultivateur
18 mai ― LAWOUROUKOPE : HOUGNIRI Idoh, Mère de famille
18 mai ― LAWOUROUKOPE : AGBOH Koffi, Cultivateur
18 mai ― LAWOUROUKOPE : YAKAHOU Kokou, Cultivateur
18 mai ― LAWOUROUKOPE : ADONON Adjoh, Revendeuse
18 mai ― LAWOUROUKOPE : ADOTE Koffi, Cultivateur
18 mai ― LAWOUROUKOPE : AGBOH Fangnon, Cultivateur
Nuit 20/21 mai ― CHRA : THOUDOGUIN Pascal, Commerçant
23 mai ― KAMINA (IGBERIOKO) : AKPO Adissah, Revendeuse
24 mai ― OGOU-ZINKOR (Quartier ZONGO) : Groupe de cinquante Nigériens (DJERMANS).
28 mai ― AVETE : EZIN Marcel, Président Conseil de Circonscription.
28 mai ― AVETE : AHOHEDJI, Boutiquier
29 mai ― ATAKPAME (Canton de BADJA) : KODJO Kokou, Cultivateur
30 mai ― TCHARE-BAOU : AKAKPO Abotchi, Acheteur
30 mai ― TCHARE-BAOU : DOSSA André, Commerçant
30 mai ― TCHARE-BAOU : TCHEWOU Yahoédo, Menuisier
30 mai ― TCHARE-BAOU : TOSSOU Augustin, Cultivateur
30 mai ― TCHARE-BAOU : KOUYOUTOUA Sondou, Cultivateur
31 mai ― MEDJAGNE : AKPAKI Asséréhou, Chef de village.

MOIS DE JUIN 1958

1er juin ― YOVOCOPE : DJATO Kpadé, Cultivateur
4 mai ― ATAKPAME : AWOUNDA Ayélé, Revendeuse
9 juin ― ANIE (ZONGO) : LIMAN Arouna, Père musulman
11 mai ― ATAKPAME : AMEGBLETOR Aouboudé, Mère de famille
11 juin ― AVETE : KOSSI Séhouzou, Cultivateur
13 juin ― ATAKPAME : MANEH Bernard
13 juin ― ATAKPAME : TOSSOU Ganfon
14 juin ― ATAKPAME : MAWOUNA Avoudja, Forgeron
19 juin ― ATAKPAME : AKPAKI Hermann.
28 juin ― ATAKPAME : AKAKA Léonard, Conducteur agricole.

Il est destitué de ses prérogatives de chef supérieur mais ne sera pas remplacé. C’est alors
que s’abat sur les populations dont il avait la charge le régime des vexations des mises à l’
amende, de la destruction des champs et des récoltes.
Son Ministre TUVOR Peter, le 5 juin 1958 est attaqué. Son bras gauche et son nez seront
cassés. Sa maison est endommagée. Ses femmes sont soumises à des violences jusqu’à faire
avorter sur place l’une d’entre elles. En 1960, une bande s’attaque encore une fois à lui et lui
brise le pied droit. Les champs sont brûlés, ses meubles détruits y compris l’armoire de l’Etat
Civil des villages de KETA GBADONOU-TON.

INCIDENTS A TABLIGBO (60 KM AU NORD D’ANECHO) (4 avril et 27 avril 1961)

Depuis le 31 mars, des barrages sont établis dans toute la région, sur différentes route Kouvé-
Ahépé (6 km au Sud), Kouvé-Zafi (7km S-O) et autour des différentes sorties de Kouvé pour
filtrer la population, exiger la carte de membre du C.U.T. et impressionner les électeurs sur la
puissance du parti au pouvoir : le 3 avril, Lioto AGBETIHOUN, cultivateur est  battu et doit être
hospitalisé à ANECHO. Le lendemain, 4 avril, en fin de journée, l’attaque générale est donnée
au quartier LOMNAVA qui va disparaître entièrement dans les flammes. Les habitants
cherchent refuge en forêt. Afjagno Dansou ASSIAKOU sauvagement attaqué restera deux
mois à l’hôpital d’ANECHO.
Près de trois semaines plus tard, le 27 avril, un groupe de vingt personnes donne l’assaut au
quartier Achavé-Banou de Kouvé et procède à la mise à sac, puis à la destruction des
habitations des villageois qui se sont rendus à la fête de l’indépendance à TAGBLIGBO : les
citernes sont volontairement polluées.

André Messanvi EKON, Planteur-Cultivateur à GBOTO-VODOUGBA (8 km au Nord de
Tablogbo)

Le 26 février 1961 installé depuis plusieurs jours à Lomé, à cause des menaces qui luis sont
faites sur place à son domicile de Gboto, EKON décide de se rendre la nuit en voiture à
Gboto. A son arrivée un guet-apens a été tendu. Un groupe d’assaillants se jette sur lui,
entreprend de déménager son mobilier, de piller les cases de ses femmes, de ses nièces et
mettre tout à feu y compris les archives de l’association de Coopération des planteurs N° 2 de
GBOTO dont EKON assure le secrétariat .
Son domicile est entièrement est entièrement détruit : il sera complètement rasé et l’espace
disponible sera utilisé pour agrandir la place du marché.
André Messanvi EKON trouve refuge pour lui et sa famille au Dayomey à Bohicon près d’
Abomey et à Bopa.
Une autre partie de sa famille reste à Lomé. Il revient au Togo après les événements du 13
janvier 1963.

SANVEE Jacob, Planteur à San-Conji (frontière Togo-Dahomey) (Député Anécho-Nord)
(Voir page IV. Documents photographiques)

Assailli le 25 mars 1961 à Sanvee-Condji, est victime de voies de fait avec un de se fils et son
épouse institutrice.
Les agresseurs lui projettent de l’acide sur les blessures déjà faites. Son œil gauche est sorti
de l’orbite. Il sera soigné pendant 6 mois en clinique à Lomé.
Son épouse à laquelle cinq dents seront brisées fera fausse couche.
Le 20 septembre 1961 sa récolte est entièrement mise au pillage malgré une forte amende, à
payer au président de la section locale du parti au pouvoir.
Il est convaincu d’avoir à retirer sa plainte. Pour cela il est gardé en prison le temps
nécessaire.

Raphaël Abalovi LAWSON, Ex-Régent d’Anécho
(Voir page X. Documents photographiques)
Les incidents dont Raphaël LAWSON sera la victime ont commencé dans la nuit du 23 au 24
mars 1961 pendant laquelle Adrien AKPITI, maçon, est assailli par une bande qui lui fracture la
mâchoire, Raphaël LAWSON le fait hospitaliser et dépose une plainte, le lendemain matin.
Le 25 mars, après une réunion tenue pour la désignation des assesseurs pour les bureaux de
vote des prochaines élections sur la demande écrite du Maire d’Anécho : Emmanuel
KPONTON, en date du 11 mars 1961, Raphaël LAWSON est ramené par ses amis à son
domicile du Quartier DEGBENOU en raison des menaces qui viennent d’être publiquement
formulées contre lui. Vers 11 heures du soir, son domicile est cerné par un groupe d’
assaillants qui jettent des pierres, des bouteilles remplies d’eau ou de sable et des flambeaux
allumés pour provoquer l’incendie.
Raphaël LAWSON décide de reporter, se trouvant dans le cas de légitime défense et ayant la
charge de protéger ses nombreux enfants dont certains en bas âge. Il réussit à tenir ses
adversaires en respect, en tirant des coups de fusil de chasse. Le Commissaire de Police
vient l’arrêter. Il fera 17 jours de prison et sera mis en liberté provisoire. Son procès va durer
dix mois, car son avocat sera désigné par le Gouvernement pour participer à une Commission
internationale au Congo (ex-Belge).
Il sera accusé de violences et voies de fait et condamné avec sursis à 5 années d’
emprisonnement et 20.000 francs d’amende.
La même nuit du 24 au 25 mars 1961, une attaque sur les amis de Raphaël LAWSON est
organisée sur Anécho à partir des villages voisins : KPOGAN qui envoie deux camions de
partisans, VOLOKE et SIVAME qui envoient chacun un camion. Quatre camions venant de
Lomé complèteront les forces des assaillants.

Joseph AGBEGNIGAN MENSAH, Régent de Porto-Séguro, Adjoint au feu Roi ASSIAKOLY II, et
son frère SOWOA Ayi MENSAH – PORTO-SEGURO (entre Lomé et Anécho).

Le 28 avril 1958 les deux frères doivent faire appel au Commandant du cercle de Zébé devant
l’agression de plusieurs centaines d’adversaires politiques, venus de Lomé. Ils resteront
prisonniers chez eux pendant quatre mois jusqu’au mois d’août, sous menace de mort.
Après les élections d’avril 1961, l’épouse du Régent est déshabillée, battue et promenée nue
à travers le village.
Le Ministre du Régent, John FOLIGAN ADOKU en avril 1958 est battu et laissé pour mort dans
le coma. La maison sera saccagée puis détruite. Il s’enfuit au Ghana pour avoir la vie sauve
où il reste jusqu’au 13 janvier 1963.
La gare de Porto-Séguro le 28 avril 1958 sera envahie par les manifestants et le chef de gare
malmené et gravement blessé.

Chef Supérieur KETA ASSOUKOPE – Villages des KETA GBADONOU-TON – Cercle d’Anécho
à proximité de Glidji.

Tout de suite après les élections, ses adversaires procèdent à une parodie de son
enterrement. Au début du moi de mai 1958, pendant un moi, toutes les nuits sa toiture de tôle
de sa résidence est sans cesse lapidée. Il est forcé de l’abandonner : elle est immédiatement
mise  sac. Il quitte le Togo pour le Ghana et revient à Lomé le 13 septembre 1961. Il est obligé
d’y vivre caché.

Messanvi Christophe AGBEZOUHLON II, Chef d’ATTITOGON, Ancien Député ANECHO-EST

Le 28 mars 1960 fait l’objet au début de l’après-midi de menaces de mort, à 17 heures, la
clôture de sa maison est détruite. L’émeute va gagner rapidement, son ami AMOUZOU
ADANLETE est blessé et évacué à l’hôpital d’ANECHO.
Le feu est mi peu à peu à tout un quartier, quarante cases sont la proie des flammes. Une
voiture et une motocyclette sont incendiées.
Mensavi est obligé de quitter Anécho il se réfugiera pendant une année et neuf mois à Lomé,
puis pendant quinze nouveaux mois à ACCRA.
Ses biens feront l’objet d’une saisie administrative par décision du 17 janvier 1962 du Ministre
de l’Intérieur.

30 juin 1960 : Michel AYASSOU

Le 30 juin 1960, le chef de circonscription administrative de tabligbo (Région Maritime) à 40
km au Nord d’Anécho décide de suspendre de leurs fonctions 25 chefs de village.
Parmi ces chefs de village suspendus se trouve Michel AYASSOU, député de Tabligbo-Ouest
et chef traditionnel de village de Kouvé-Atchapé (12 km au Nord-Ouest de Tabligbo) qui
depuis le 13 février 1936 a sans cesse représenté auprès du pouvoir central les populations
de cette région.
Il est averti 24 heures avant que le 6 juillet, il sera procédé à une consultation électorale
appelée à confirmer la mesure de suspension qui l’a frappé le 30 juin, quelques jours
auparavant.
Le chef de circonscription a rassemblé à Kouvé-Atchapé, les électeurs du village voisin Kouvé-
Atran, collectivité nettement séparée et titulaire d’un chef distinct ― ceci afin de renverser
irrégulièrement la majorité, fidèle à Michel AYASSOU.
Cette manœuvre n’aboutit d’ailleurs pas au résultat escompté et le chef de circonscription est
obligé de repartir ce qui ne l’empêchera de confirmer le lendemain la décision de destitution
du chef AYASSOU.
C’est en vain que le 8 juillet, 36 chefs de quartier et notables de Kouvé ont adressé une
pétition au Premier Ministre et au Ministre de l’Intérieur.

SAMBIANI MATEYENDOU, Député de DAPANGO-SUD

Dans l’extrême du Togo, à moins de vingt kilomètres de la République Voltaïque, dans la
région de Dapango, le chef de canton de Bombouaka, sambiani MAYEYENDOU, le 27 avril
1958, ne voit pas renouveler son mandat de député. Sans plus attendre, le nouveau
gouvernement, le 20 mai, révoque Sambiani de ses fonctions de Chef. Il sera sans cesse, à
partir de cette première sanction, harcelé et sollicité de changer de parti, de quitter ses
anciens amis et électeurs.
Fin octobre 1958, à la suite d’une perquisition et de la mise en état d’arrestation avec sa
famille (son beau-frère Joseph TIEM sera sérieusement maltraité par la police) il va subir un
premier emprisonnement. Au moment des élections municipales, il se rend à Tamoj, près de
Dapango pour chercher des herbes susceptibles de guérir un de ses fils, gravement malade. Il
rencontre ses adversaires politiques qui l’accusent de faire une propagande trop active. A son
retour en passant à BOGOU il sera assailli par une foule qui lui barre la route, se jette sur sa
voiture dont les glaces et les différents accessoires sont brisés. Il parvient à se dégager, il
sera placé pendant deux semaines en résidence surveillée. A la fin de l’année 1959, il subit
une troisième condamnation et reste en prison jusqu’au 22 janvier 1960. Il sera libéré contre le
versement d’une caution de 75.000 CFA.
En juin 1961, prenant prétexte d’un accident d’automobile dont la victime prétendue annonce
à l’audience qu’elle est l’exclusive responsable en refusant les dommages-intérêts prononcés
par le juge, Sambiani sera de nouveau emprisonné puis placé en résidence surveillée. Deux
mois plus tôt s’étend, après le référendum du 9 avril 1961, une vague de terreur sur les chefs
de village de la région accusés de sympathie pour Sambiani ; ils seront condamnés les uns
après les autres à des peines corporelles (200 fessées) et amendes variant selon leurs
moyens entre 5 et 10.000 CFA. La situation devient intenable. Sambiani est obligé de
chercher refuge au Ghana tout proche. Pendant cette période, ses amis, Lambony Kolani
(Chef du village de Yabir), Samango (Chef du village de Gondoka), Bela Yakou (Chef du
village de Nabinfa) (près de Nakitindi-Est), deux cultivateurs, Lambony et Nabour seront
sauvagement exécutés.
Pendant l’exil de Sambiani, sa maison est occupée par la troupe qui mettra ses bien au pillage.
Son troupeau de bœufs est progressivement abattu. Deux de ses femmes parviendront à le
rejoindre dont l’une avec un nouveau-né.
Son beau-frère, Larri BAMBONY est arrêté et sa femme séparée de son enfant malade, jetée
et battue, elle aussi en prison. Elle sera sortie de prison pour être mise en vente sur la place
du marché, aux enchères publiques.

DJAMGBEDJA KOUKOURA FRANCOIS, Député de SANSANNE MANGO, Nord.

François DJAMGBEDJA fait partie de la minorité réélue le 27 avril 1958, et qui sera peu à peu
empêché de remplir son mandat soit par les menaces reçues en séance, les agressions à la
sortie de l’Assemblée, les barrages au retour pour les comptes rendus de mandat dans leur
circonscription.
Le 8 avril 1961, DJAMGBEDJA reçoit l’interdiction de se rendre à Mango pour assister aux
obsèques de sa mère. Il décide ‘emprunter le territoire du Ghana. Arrivé au village frontière de
KOMKOMBOU, à 18 km de Mango il apprend que sa vie est directement menacée et qu’il est
attendu dans sa maison pour être exécuté. Il rejoint le village de Yogou en territoire ghanéen
situé en face de Kombombou où, peu à peu 700 de ses compatriotes trouveront refuge. En
effet, le 3 avril 1961, le Ministre de l’Intérieur, en personne, disposant de 161 gardes et
gendarmes est venu à Mango pour tenter de s’emparer d’un ami de DJAM-BEDJA : fambaré
Djakpa, considéré comme l’âme de cette citadelle anti-gouvernementale. Djakpa parvient à s’
échapper. Mais le village de Mango deviendra désert, et ne sera plus qu’un lieu de détention.
L’Imam de Mango : El Hadj Abdoulai sera déporté à Lomé en résidence surveillée, après le
référendum du 9 mai 1961. Dans toute la région s’installe la dictature policière. A Barkoissi (28
km Nord-Est de Mango) le chef de canton Natchaba sera contraint à l’exil. A kondjouaré à 7
km au Nord de Mango, le fils du chef de canton Bilénoume n’Mongbé est assassiné à la même
époque. Son père  venu porter plainte sera mis à l’amende de 25.000 CFA et d’un bœuf.

Barnabé B. TOATRE, fils du Chef Supérieur de Nano (au Nord-Ouest de BOGOU), Canton
Sud-Ouest de Dapango.

Au lendemain des élections du 27 avril 1958, Barnabé TOATRE est rappelé par les gens du
village pour succéder à son père décédé le soir même d’une cérémonie d’abjuration forcée,
imposée par ses adversaires politiques et dont il ne pouvait pas accepter plus longtemps le
déshonneur. Le régime accepte de confirmer le fils dans les pouvoirs traditionnels du père. Ce
fils deviendra bien vite suspect. Il sera tenu pour responsable des résultats ― défavorables
pour le gouvernement ― des élections municipales qui ont mal tourné pour les partisans de
Sylvanus OLYMPIO.
Le 1er janvier 1962, Barnabé TOATRE est destitué et accusé de collusion avec le député
SAMBIANI réfugié au Ghana. Lors d’une perquisition on saisit chez lui ses armes de chasse
mais aussi une voiture et deux charrues ; envoyé à Dapango, il y purge une peine de deux
mois d’emprisonnement. Pendant ce séjour forcé, son troupeau de 47 bœufs est dispersé.
A sa sortie de prison, il est inculpé de participation à un complot avec A. MEATCHI. Sa
nombreuse famille et celle de feu son père est « ramassée » et soumise à de mauvais
traitements pendant une semaine entière. Barnabé TOATRE sera personnellement condamné
à subir une peine nouvelle de deux mois d’emprisonnement.


REGION DE SOKODE

La région de Sokodé ne sera pas épargnée par la vague de terrorisme, à commencer par la
ville elle-même.
Dès l’arrivée au pouvoir le 13 mai du gouvernement issu des élections du 27 avril 1958, les
opérations de commandos s’organisent et se multiplient.
Alassani WAGHMAN est assiégé chez lui. Il va riposter avec énergie et se condamne ainsi à l’
exil pour garder la vie sauve. ALFA SAIBOU ZACHARIOU restera infirme à la suite des coups
reçus. Le domicile de Fousséni MAMA, ministre du précédent gouvernement, sera mis à sac,
sa bibliothèque dispersée ― cela d’autant plus facilement qu’il est à LOME en train de passer
les pouvoirs ministériels à son successeur.
Lors des élections municipales du 15 novembre 1958, Malan MOUSSA est élu maire. Sa
cruauté et ses extravagances parviendront à inspirer du dégoût à Sylvanus OLYMPIO lui-
même qui le révoquera finalement le 26 août 1962.
EL HADJ Idrissou, SALIFOU Haini, ABDOULA ADGOJOUMA et YACOUBOU Gbadassi seront
emprisonnés pendant 6 mois sans jugement et condamnés à courir, nus attachés derrière des
bicyclettes, pour avoir l’audace de présenter une liste d’opposition le 15 novembre.
Les visites domiciliaires se multiplient, les interrogatoires, ainsi que les menaces et les ventes
obligatoires de cartes du Parti de l’Unité Togolaise taxées comme les amendes selon la
capacité contributive des victimes. Certains de l’impunité, devenu éthylique, le maire de
Sokodé ne met plus de bornes à son despotisme et pour détruire la paillote d’un adversaire
décide qu’une rue passera désormais sur son emplacement.
Les parents de Fousséni MAMA seront des victimes de choix et après une série de mauvais
traitements, son demi-frère, Alidou ASMANOU devra se réfugier à LOME.
Le propre gendre de MALAN Moussa : RAIN IBRAHIMA sera obligé de s’enfuir. EL HADJ ADAM
ADOYI, coupable de jouir d’une grande popularité et parent du chef supérieur des Cotocolis
Ayeva ISSIFOU,  sera emprisonné et ne conservera la liberté qu’après avoir payé uneforte
amende. Son frère ADAM AYEVA sera gardé en prison.
Sur le plan plus large de la circonscription électorale, la situation est tenue en main par le
nouveau député le Sokodé Centre : AROUNA Mama qui va s’efforcer de déclencher des
batailles rangées entre villages voisins et attiser la guerre civile. Il nomme son frère Président
d’un Tribunal Populaire.


BASSARI          BONFOH
CHEF DE CANTON DE KABOU (22 km au Nord de BASSARI)

Le fils du chef BONFOH, Boukari a été candidat malheureux lors des élections du mois d’avril
1958. Les adversaires vont s’attaquer au chef et successivement à chacun des membre de sa
famille qui après un traitement corporel se verront, tout à coup, condamnés à une amende
variant de 1.000 à 5.000 CFA.
Un ami du chef, le cultivateur Moumouni ALLAHAMDOU va payer cher d’avoir élevé une
protestation auprès du nouveau chef de canton, nommé par le gouvernement. Il réclame que
soit démolie une construction élevée sur son propre terrain par le père du député Michel
TCHEDRE, nouvellement élu. Il sera attaché par une corde lui serrant les reins ― par dérision,
comme on attache les singes ― et battu à mort.
Ses tortionnaires oublient qu’étant musulman, il est dans un état de faiblesse extrême à cause
du jeûne qu’il respecte à cette époque de l’année. En effet, transporté à Bassari, évacué à
Sokodé, il succombera à ses blessures le lendemain.

AGBLEVON SEMEKONOWO, Chef de Canton d’AFLAO, Quartier SAGBADO-AVOINME, 16 km
Nord-Est de Lomé (Frontière du Ghana)

Le 29 juin 1958, une foule de manifestants se groupe autour du quartier SAGBADO vers 8
heures du matin. Ils se livrent, jusqu’au milieu de l’après-midi à de nombreuses libations. A 16
heures, au comble de l’excitation, ils donnent l’assaut et en commençant par l’habitation du
Chef SEMEKONOWO ils se livrent au pillage des habitations, à la destruction des moulins à
maïs et avant d’incendier 169 cases se mettent à tuer les animaux domestiques ; moutons,
chèvres et volailles et à battre les habitants les uns après les autres. Le feu gagne un camion
et une voiture. Les bicyclettes sont jetées au feu par les assaillants.
Ceux-ci seront arrêtés, puis remis en liberté sans être inquiétés.
Les membres de la famille qui subiront autour de leur chef les sévices sont :
Yaovi Semekonowo,
Koffi Semekonowo,
Hunyawo Atigaba et Suameto Tokotou
Soondé Djidonou et Nyabee Boublui

Les noms qui suivent sont ceux des autres victimes de cette véritable razzia.
AMOUZOU Gbitor, AMEFITOVI Beké, Ahodénou NOUSSOULE, Makounovo ATTIKPO,
Noveamenu KOUADAN, KOMLAN S. Koutowou LATE, KPOMEGBEGNA ATTIKPO, EVEDZI,
KOAMIVI S., S. KOUAMI, KOSSI KOUMA, Kossiwa AKOUETE, Fiwa KOUKOU, Wozouame ALE,
Etsiagnon KOUNAKI, Kossi GBITOR, Hoazouke AGLAGO, Ebenao ASEDZE, Sodzedo
AWODONOU, Avlessi AGBEGNIGAN, Afantowou DOTO, KETOBE DANGBE, GNANOU
DANSOMOR, AGNIGBAVOR DZOSSOU, DZITONTU SEMEKONO, ALLOUGBAVI AKAKPO
SIKA, ADWAZA FAYOME, AYEDEME ASILENOU, GNEDEOPE KPODONOU, KOUDAMA KPELI,
ADZO AGADZI.

Kokou AGBO, Village de Lawouroukope, près de Gléi, à 26 km au Sud d’Atakpamé.
(Voir page II – Documents Photographiques)

Le 19 mai 1958, Kokou AGBO sera la victime des sévices d’une centaine de manifestations
qui ont démoli ses cases et celles de sa famille ― (40 au total), détruit les moulins et les
greniers à grains et massacré poules, chèvres, moutons, chiens et canards. Il est à moitié
assommé, condamné à rester trois jours sans soins et sans pouvoir se rendre à Gléi.
Le 19 février 1961, il est convoqué par le chef local du parti gouvernemental pour « examiner
de plus près ses opinions ». une vingtaine d’hommes sont chargés d’aller le quérir sur place.
Ils sont armés de chaînes de bicyclettes, de bâtons, de coupe-coupes, pendant toute la durée
du chemin les coups ne cessent pas de pleuvoir sur cet homme qui a dépassé 75 années. Il
est dans un tel état en arrivant à Gléi qu’il est transporté d’urgence à son domicile où il devait
décéder peu après.
Cet incident est tellement exceptionnel que ― fait lui même exceptionnel ― le compte rendu
du procès fait à ses assaillants sera publié dans le N° de TOGO PRESSE du 26 novembre
1962 (voir reproduction du compte rendu).
Les agresseurs sont condamnés les uns à 3, les autres à 2 années d’emprisonnement avec le
bénéfice de circonstances atténuantes.
A l’instruction, Goundé TADEGNON fera la déclaration suivante :
« Mes messagers enfoncèrent 4 pointes de clous dans la tête de la victime qui furent décelées
au cours de l’autopsie par le médecin-légiste M. de MEIDEROS.

ZOZO Koffi Paul, Palimé, Instituteur Fonctionnaire

Après les élections du 27 avril 1958, candidat malheureux dans la circonscription de Klouto,
12 km N-E de Palimé, ZOZO Koffi Paul se verra menacé dans sa personne et dans ses biens
dès le 4 mai, il subit une première agression en règle et le 27 mai à 7 heures du matin, il est
mis en état d’accusation devant une foule de deux mille personnes. Il est condamné à l’exil
immédiat et transporté en camion au village frontière de KPEDZE, à 6 km du Togo. Il organise
un centre de réfugiés pour ses amis qui continuent la lutte politique contre Sylvanus OLYMPIO
et son régime. En 1961, il sera jugé par défaut et condamné à 2 mois de prison et 20.000 CFA
d’amende.

Village de DEKPO

Sur les bords du Lac TOGO, entre ABOBO et BOGAME, tout un quartier de pêcheurs habité
par un groupe de famille de même souche ; les ADEGNIKO sera incendié, détruit et rayé. Une
centaine de personnes doit ainsi se réfugier près d’ANECHO, à SEVAGAN.
Le Chef de village de DEKPO, Joseph APITI voit sa case démolie dans le même village à la
même époque après les élection de 1958, le vieux chef SOUSSOU Mede à 80 ans se voit
contraint à danser et ses adversaires se servent de lui comme une ballon.
A Sansanné-Mango, à la fin de juin 1961, le quartier DJABOU va échapper  à un sort cruel. Au
plus fort de la disette, le gouvernement distribue 3 camions de riz et de semoule que la
population va refuser. Pour cela, elle sera privée d’eau. Ella a échappé  à la mort, car ce
secours en vivres était empoisonné. En effet, l’administration responsable de cet acte criminel
ne sait comment se débarrasser de cette marchandise encombrante et accusatrice ; les
donateurs américains feront même une enquête pour savoir quelles raisons mystérieuses des
tonnes de vivres ont été abandonnées ainsi en forêt.

NAPO BADJI, Député de Bassari, Questeur de l’Assemblée Nationale (70 km à l’Ouest d’
Atakpamé).

Membre du Comité de la Juvento, en avril 1959 se rend à BADOU pour installer section locale
du parti. Il est intercepté par ses adversaires entre BADOU et HIHEATRO, et gravement
molesté. Il est transporté et hospitalisé à ATAKPAME. Sa plainte ne sera pas instruite.
Le 5 décembre 1961, il est inculpé lors du « Complot du GHANA » et interné au camp de
Lomé. Il sera libéré le 22 septembre 1962, après dix mois d’emprisonnement sans jugement.
Sa mise en liberté est suivi de sa révocation de fonctionnaire pour « Abandon de poste ».

TEMOIGNAGES

1. Déclarations de M. Ben APALOO, ami d’enfance de Sylvanus OLYMPIO, Président de la «
Juvento ».
Extrait de « Togo-Observateur » 17 mars 1963 n X. pp. 4 et 6

Lorsque le 27 décembre 1961, nous fûmes arrêtés à 17 h 30, nous partîmes à 20 heures sous
bonne escorte pour une destination inconnue. A 4 heures du matin de la journée du 28
décembre, nous atteignîmes SOKODE, où Firmin ABALO fut débarqué. A 10h 30 environ,
nous fûmes à Lama-Kara où je descendis, laissant SANTOS continuer seul le chemin jusqu’à
Mango. Je fus enfermé dans une petite cellule sans air, sans natte, sans couverture. La cellule
dans une prison est une petite case où on enferme les prisonniers rendus coupables (évadés
repris) pour le temps de leur punition.
Quelques jours après mon arrivée à Lama-Kara, j’eus la fièvre et demandai trois jours durant
les soins du médecin, mains en vain. Le troisième jour, le 9 janvier 1962, je reçus la visite du
régisseur de la prison (un inspecteur de la police dont je veux bien taire le nom), cet agent se
mit à me gronder sous prétexte que j’avais commandé de la nourriture en ville et que s’il
apprenait cela encore il me maltraiterait. Fallacieux prétexte, étant donné que je ne connais
personne à Lama-Kara et je suis tout le temps enfermé en cellule sans pouvoir communiquer
avec qui que ce soit ; le 12 janvier, on me fit sortir pour me donner cinquante fessées et le
lendemain celui qui était chargé de m’administrer ces fessées fit connaître que « le type est
malade » ; cependant, je reçus les vingt-cinq fessées et le lendemain, 13 janvier, les vingt-cinq
fessées restantes. Jamais je ne reçus la visite du médecin que réclamait ma santé.
Je demeurai en cellule jusqu’au 28 février, on me fit savoir ce jour-là que je devais partir à
Mango. Le 1er mars 1962, à 10h 30 du matin, je partis pour cette ville. Le Chef de
circonscription, Mensah Roger, avant mon arrivée, ordonna de ne pas me frapper, ceci en
raison des traitements inhumains infligés à M SANTOS et dont les échos indignés étaient mis
en circulation. A Mango, je fus mis en cellule hermétiquement fermée. Le 5 mars 1962, vers
21h 15, on me fit sortir pour subir un interrogatoire au camp devant un gendarme. J’étais
flanqué de chaque côté d’un garde armé ; l’adjudant-chef du peloton était présent avec le
gardien-chef de la prison (je veux bien taire le nom de ces Messieurs).
Toutes les fois que l’Adjudant-Chef élevait la voix, les autres gardes me tapaient dessus
rudement. Ce terrible interrogatoire dura vingt-cinq minutes environ. Je reçus d’un garde un
violent coup à la nuque. Ces messieurs avaient voulu à tout prix que je déclare avoir trempé
dans le complot. Je n’ai en aucun moment su ni entendu parler d’un complot pour y prendre
une part quelconque.
L’interrogatoire prit fin. Je fus emmené quelque part dans cette nuit, on me fit adosser à un
baobab. On me dit : « Comme tu ne veux pas dire la vérité, tu seras fusillé. » Je répondis : «
Je suis assez vieux pour mourir. Je suis prêt à être fusillé, mais avant de mourir, laissez-moi
prier. » Sur quoi, instinctivement, je me mis à genoux. L’adjudant-Chef me tira brutalement de
cette position et je rejoignis ma cellule.
Le 6 mars 1962, à la même heure, on me fit sortir pour l’interrogatoire. Pratiquement, je n’étais
plus en état de subir cet interrogatoire. Du 1er mars au 22 juin, je n’étais qu’en simple caleçon
qui tombait déjà en lambeaux ; je me couchais nu sur l e sol nu dans une cellule fermée, sans
air. Durant cette période, personne n’ignore le temps qu’il fait à Mango de mars à avril :
chaleur extrême, de mai à juin : début de la saison pluvieuse avec froid intense.
Souvent, je prenais un tel froid qu’on envoyait par pitié un petit récipient contenant de l’eau
portée à ébullition : j’entourais mes pieds et mes mains de ce récipient pour me réchauffer,
après quoi je buvais l’eau chaude.
En juin 1962, je tombai malade : en vain, je leur demandai les soins du médecin ; je ne
pouvais plus me lever. (Suite publiée dans le n° 11 p.2)
Lorsqu’arriva le juge de Paix pour procéder à mon interrogatoire, je dus être transporté devant
ce magistrat. Je lui fis comprendre combien j’étais malade : il me répondit de lui écrire pour
demander l’ordre à Lomé avant de me faire soigner. Une semaine après, je demandai l’
autorisation d’écrire, sans résultat.
Le 22 juin 1962, l’Adjudant-Chef de Peloton affecté à Lomé passa le service à son
successeur. En montrant les détenus, l’Adjudant sortant dit à son remplaçant s’agissant de
moi : « Voilà Apaloo, j’ai reçu l’ordre du Président OLYMPIO et du Ministre de l’Intérieur T.
MALLY, de ne pas le laisser voir dehors, si toi tu veux  le contraire, ça te regarde, moi je m’en
vais. »
Après cette passation de service, je reçus immédiatement du nouvel adjudant une natte et une
couverture suivi plus tard d’une seconde réception de couverture et natte.
Le 12 septembre 1962, je tombai évanoui tant mon état de santé déclinait. Le 13 septembre,
le médecin ne vint toutefois pas. Deuxième évanouissement le 14 septembre, je reçus cette
fois-là la visite d’un médecin européen (visite faite en l’absence du chef de circonscription de
Mango, descendu à Lomé).
Le médecin me fit un traitement pour 12 jours.
Le 4 octobre 1962, je fus emmené à SOKODE, croyant que c’était pour  mieux m’y faire
soigner. Je me trompai sérieusement, car arrivé à Sokodé, je fus mis catégoriquement en
cellule jusqu’au 8 novembre sans avoir reçu aucun traitement. Le 9 novembre, je partis à
Mango d’où, le 16 décembre, je rejoignis pour la troisième fois Sokodé toujours en cellule.
Durant tout mon séjour à Mango, je n’ai pas pris de douche. Mon régime alimentaire consistait
en une sauce fade de dowevi (poisson séché), d’une pâte de semoule, non vitaminée,
entrecoupée rarement de viande d’environ 10 grammes… Je prie Dieu de pardonner à tous
ceux qui, à des degrés divers, m’ont fait souffrir.

2. Déclaration de M. Firmin ABALO, député de BADOU (Akposso Nord) (Ancien Ministre,
animateur du « JUVENTO »)
Extrait de « Togo-Observateur », n° 11, pp.2 et 4 mars 1963

Arrêté le 24 décembre 1961 à 7 h 30 environ, avec M. APALOO et Me SANTOS, nous
arrivâmes à Sokodé, le 28 à 4 heures du matin. Je fus descendu à Sokodé, tandis que mes
deux autres compagnons d’infortune continuèrent le voyage vers Lama-Kara. Je fus mis
aussitôt en cellule. Après quelque temps en cellule où il faisait noir constamment, « de jour
comme de nuit », je commençai à souffrir des yeux ce qui m’obligea à demander des soins
médicaux. Un jour, j’entendis de ma cellule un Agent du Service de Santé venir pour donner
des soins aux codétenus. Cette demande fut mon malheur. Je fus sérieusement bâtonné trois
jours durant pour avoir cherché à me faire soigner. On me faisait sortir dans la nuit avancée
de ma cellule sous escorte d’une dizaine de gardes qui me rossaient copieusement jusqu’à
épuisement. Le régime alimentaire partout le même dowevi avec une pâte de semoule, le tout
constituant le repas journalier qu’on ne saurait donner à un chien.
Je me couchais sur le ciment étant nu ; seul un slip cachant mon sexe. En mai 1962, je fus
transféré à la prison de Mango où le régime était sensiblement le même. On m’extrayait de nuit
de ma cellule et six gardes me bâtonnaient sérieusement jusqu’à mon épuisement complet et
celuis des batteurs. Il faut ajouter que la ration qu’on m’apportait me parvenait par une sortie
de petite fenêtre. Parfois, les gardes nous faisaient sortir pour nous bâtonner en guise d’
amusement ou pour se dégriser lorsqu’ils étaient ivres ; ceci se passait toujours la nuit. Ces
gardes-chiourmes, nos tortionnaires, tiraient des coups de feu en l’air pour nous faire peur.
En juin, M. Ben APALOO tomba évanoui. Ce changement dans la santé de mon Président
devait finalement apporter un certain adoucissement à notre régime. J’eus alors une natte et
une couverture. La porte de ma cellule était laissée le jour entrebâillée. Huit mois durant, je n’
ai pas pris de douche.

LE REGIME PENITENTIAIRE

AU JOUR LE JOUR, EN PRISON

Un jeune artisan, né en 1935, Pierre MONSILA, originaire du pays KONKOMBA (Bassari),
tenant un atelier de céramique à Lomé, a été le lendemain du complot du 1er décembre 1961.
Raison : deux membres du complot s’étaient rencontrés dans son atelier, quelques jours
auparavant, sans que lui-même soit au courant de ce complot.
Lors de son arrestation, il avait sur lui deux morceaux de papier hygiénique qu’il cachait
soigneusement dans un pli de sa culotte. Il a pu dissimuler également une pointe bic, en ne
gardant que la pointe elle-même avec sa recharge sur lui, les premiers jours, puis dans l’ourlet
d’une couverture. Comme la photo le montre, il a écrit son journal moyennant un code
personnel de signes et d’abréviations.
Voici un document réel et authentique sur la vie des détenus en prison à Lomé. Que dire alors
des prisons de LAMA-KARA et de MANGO ?
2 décembre 61 : La Gendarmerie vient m’arrêter au travail à 10h 30.
6 décembre 61 : A 11h 30 nous sommes transférés à la prison de Lomé.
Jusque-là, nous avons eu nuit et jour les menottes.
8 décembre 61 : on nous enlève les menottes.
On les remplace par une grosse chaîne longue au pied avec de gros cadenas. Nous sommes
au nombre de vingt-neuf, entassés dans une petite  cellule de 5m sur 2,80 m, tous reliés par
la même chaîne.
(voir photos)
13 décembre 61 : Nous réclamons avec insistance des couvertures pour nous couvrir, parce
que depuis notre arrestation la Gendarmerie nous a retiré tous les vêtements que nous
portions. Nous sommes venus à la prison dans des petits caleçon, presque nus.
Nous dormons par terre sur la dalle de ciment. Au soir du même jour 13 décembre, nous
avons eu la visite des dirigeants de la prison qui nous font connaître que le Ministre de l’
Intérieur ne les autorise pas à nous donner des couvertures. Ils nous ont apporté cependant  
de vieilles couvertures qui ne figurent plus dans l’inventaire de la prison. Depuis notre arrivée
jusqu’aujourd’hui, nous n’avons rien pour nos besoins hygiéniques. Toujours enfermés, nous
faisons tout sur place, sans aucun moyen de nous essuyer. Le repas qu’on nous apporte une
fois par jour, nous le prenons avec les mêmes mains sales.
17 décembre 61 : Les premiers soins nous ont été donnés par un infirmier. Jusqu’ici, les
blessures graves que certains camarades ont eues, à la suite des coups de matraques par la
police et la gendarmerie, sont restées sans soins, et quelques plaies commençaient vraiment
à pourrir.
23 décembre 61 : Après plusieurs jours de protestations, nous obtenons une douche. Nous
sommes maintenant une quarantaine de détenus. A cette première douche, nous nous
sommes lavés sans savon en quinze minutes à peine, encadrés par un peloton de gardes
togolais. Inutile de m’expliquer davantage.
13 février 62 : Nous en avons fini avec l’instruction au parquet. Personnellement je me suis
présenté durant ce temps dix fois devant le juge d’Instruction pour la même affaire insignifiante.
9 avril 62 : Nous avons eu la visite d’une délégation du Gouvernement. Cette délégation dans
laquelle se trouvait une femme nous a regardés d’un air très méprisant dans les chaînes sans
nous adresser même un bonjour.
14 avril 62 : Le Ministre de l’Intérieur est venu en personne devant la prison et a déclaré qu’il a
appris que certains prisonniers de droit commun se débrouillent pour nous donner des
morceaux de sucre. A partir d’aujourd’hui, il interdit l’entrée de tout aliment venant de l’
extérieur de la prison, et le prisonnier ravitailleur des détenus politiques qui sera découvert
fera deux mois fermes de cellule.
25 juin 62 : Nous avons eu une grande dispute avec les dirigeants de la prison au sujet de la
pluie qui pénètre abondamment à l’Intérieur des cellules, ce qui est très pénible. Quand nous
réclamons, on nous répond qu’il n’y a pas de crédits pour faire les réparations.
6 juillet 62 : Nous avons la visite des agents du Service d’Hygiène, venus pour nous
désinfecter. Le sol et les vêtements étaient remplis de toutes sortes de vers désagréables.
30 juillet 62 : Nous avons eu la visite du Juge d’Instruction.
27 août 62 : Après neuf mois, nous refusons de rester enfermés dans les cellules. Ce refus
collectif se poursuit cinq jours, et, le sixième jour, le Chef de Circonscription qui est, en même
temps le Directeur de la Prison, Vincent BEDOU, est prévenu que nous faisons la grève pour
qu’on nous ouvre notre cellule, comme on le fait pour les autres détenus, et à la même heure.
Il était exactement 7h 30 quand M. BEDOU est arrivé devant nos cellules. La première
question qu’il nous a posée est celle-ci : « il paraît que vous me demandez ? »
Nous avons répondu ou et deux d’entre nous, MM. AITHSON et Emmanuel NOUBOUKPO ont
pris la parole et donné les raisons pour lesquelles nous voulions qu’on nous laisse les porte
de la cellule au moins entrebaîllées pendant la journée. Il n’a même pas écouté nos porte-
parole et nous a fait savoir d’un air arrogant qu’il a appris que nous étions des criminels, et c’
est pourquoi on nous enferme dans des cellules. Fâché de nous voir dehors ce jour-là, il nous
ordonne de rentrer immédiatement et il exige que l’on nous enferme devant lui, avant qu’il ne
quitte les lieux. Nous lui avons comprendre qu’il fallait attendre qu’il attende et écoute au
moins nos plaintes pour savoir si nous avons raison ou non. Mais il sort de la prison. A 8h 45,
arrive un peloton de garde togolais commandé par les plus gradés de ce corps. Le  Chef de
circonscription les précède. Les gardes sont casqués, baïonnettes au canon. Gardant notre
sang-froid, chacun reste assis devant sa cellule quand tout à coup les gardes font irruption à l’
intérieur de notre grillage.
Sans motif ils nous ont donné des coups de crosse en criant : « Rentrez, rentrez ! ». Certains
d’entre nous sont assommés à tel point qu’il restent couchés sur le sable sans pouvoir se
lever. Même notre Adjudant-Chef  BODJONA Daniel, qui forma la plupart de ses gardes a eu
lui aussi des coups de crosse sur le dos et la poitrine. Après nous avoir forcé de rentrer et
fermés, ils ont remis les chaînes et serré cette fois jusqu’à l’os. Cette journée a été pour nous
un vrai calvaire. Ils ont même refusé de nous donner de l’eau à boire.
27 septembre 62 : Nous avons eu la visite du Juge d’Instruction M. Herman MESSAVUSSU qui
nous a vus dans un tel état n’a pu retenir ses larmes. Aujourd’hui, il y a exactement un mois
que nous n’avons pu nous laver.
8-9-10 octobre 62 : Ils ont commencé à transféré certains éléments parmi nous, suspects d’
être les meneurs de notre grève.
22 octobre 62 : Sous une chaleur asphyxiante à l’intérieur des cellules fermées, notre
camarade KPODENOU, qui est un homme un peu avancé en âge, est tombé évanoui en plein
midi. Les dirigeants, alertés par nos cris tristes, sont quand même venus après un long
moment et ont remarqué qu’il fallait absolument faire quelque chose. Ils ont essayé de
demander à leurs supérieurs, je ne sait quels, la permission au moins de nous laisser les
portes ouvertes disant que nous allions crever par la chaleur ardente qui s’annonce dans ce
mois d’octobre.
26 octobre 62 : Nous avons eu de nouveau la visite du chef BEDOU, venu nous demander si
nous avons changé de caractère ou non. Ensuite il nous dit ces mots qui nous ont fait
beaucoup réfléchir : « contentez-vous de votre sort d’aujourd’hui car vous ne savez pas
encore ce qui vous arrivera demain. On m’a dit que vous n’êtes que des criminels ».
13 janvier 63 : Enfin, la nuit du 13, vers 2  heures du matin, nous entendons des coups de
mitraillettes derrière nos cellules et des cris e commandements : « Attaquez !… Le Chef de
Poste veut-il ou non ? » … S’il ne veut pas ouvrir, il faut le descendre »… Je crois bien que c’
est le Chef de Poste qui a ouvert plusieurs des six portes qui nous séparent du dehors. Les
militaires, bien armés, n’ayant pas les clés des deux dernières portes, celle de nos grillages,
mitraillent ces deux portes et les font sauter. Enfin, ils son dans nos cellules ! Le Chef de
Poste fait donner les clefs par le « Chef de Cour » qui nous libère les cellules.
 (voir pages VI et VII. Documents photographiques).


BAFILO
(40 km Nord-Est de SOKODE)

ALASSANI BOUKARI

Le 22 mai 1960, avec Adam KRAIPASSI, il sera victime d’une agression entraînant trente jours
d’incapacité de travail ; son domicile sera pillé et détruit une première fois et finalement rasé
complètement le 4 mars 1961.
Le 29 mai 1960, EL HADJ SAFFIOU, reçoit l’ordre de ne pas enterrer sa mère, morte la veille.
Il est venu de SOKODE ou sa maison a été pillée, le 14 mai pour assister aux derniers
moments de sa mère. Quelques jours plus tard, le 30 mai, sa maison de BAFILO est mise à
sac. Les plantations (750 cocotiers, orangers, kapokiers, palmistes) sont brûlées.
Le 17 novembre 1961, EL HADJ SAFFIOU et le chef ABDOULAI, chef du canton de Tchamba
(35 km Est de SOKODE) et leurs familles seront déportés d BAFILO à BADOU (300 km plus au
Sud à 60 km à l’Est de ATAKPAME).
Le même jour, le Chef YERIMA DACKO sera battu, sa maison saccagée, libéré contre rançon.









DEUX DOCUMENTS

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I.        Lettre de Nicolas GRUNITZKY à Sylvanus OLYMPIO
II. Ordre de saisie des Biens, n° 34-C/DSN du 17 Janvier 1962

_______________


NICOLAS GRUNITZKY
Ancien Premier Ministre
au Togo
B.P.212. COTONOU


Cotonou, le 7 mai 1962


Monsieur le Président,

Quoique cette lettre soit à l’adresse du Président de la République du Togo, c’est avant tout, à
M. Sylvanus OLYMPIO que, très simplement, je la destine, d’homme à homme. Car ainsi, je
pourrai être libre dans mon langage et mon propos.

C’est depuis le 2 mai 1961 ― il y a un an et quelques jours ― que j’ai quitté le Togo pour m’
installer au Dahomey. Pour des raisons d’ordre professionnel, j’ai dû m’absenter du Dahomey
du 2 décembre 1961 au 30 avril 1962. C’est à PARIS où je me trouvais alors que j’ai été
informé des tragiques événements que ma famille a connus à Lomé le 1er Avril 1962.

Comme tout citoyen lésé dans ses droits, j’avais, de PARIS, fait porter plainte contre les
auteurs des crimes commis à mon domicile à LOME le 1er avril.

Mais de retour à COTONOU, il y a quelques jours, et plus amplement informé de ces crimes, je
ne puis ne pas vous écrire.

Depuis bientôt quatre ans que vous êtes installé à la tête de République du Togo vous me
rendrez cette justice que, je ne me suis, jusqu’ici, engagé dans aucune voie susceptible de
vous gêner, c’est-à-dire de comprendre l’action et le succès de votre Gouvernement.

C’est au tout premier jour de votre avènement que mes Amis et moi-même, devant l’
Assemblée Nationale Togolaise, avions exprimé de la façon la plus claire et la plus nette. Notre
volonté de vous apporter notre concours et l’action de notre parti, pour vous aider à
gouverner dans l’ordre, dans la paix et dans la concorde nationale. Vous me rendrez aussi
cette justice, que depuis cette époque, rien dans mes propos et mes actes n’est venu
contredire cet engagement. Mon désir de ne pas vous gêner et mon effacement volontaire ont
été tellement manifestes que vous en avez vous-même témoigné en disant, et tout récemment
encore, à l’un de vos ami communs, au surplus Chef d’Etat, votre désir de me voir revenir au
pays n’étant coupable de rien envers votre Gouvernement, et en chargeant cet ami de me
transmettre ce message.

Pendant le même temps, votre Ministre de l’intérieur, Théophile MALLY, dans des meetings
publics, et en contradiction flagrante avec vos propres propos, se livrait, sur mon compte, à
des accusations dont le but très visible était d’exciter vos partisans contre l’Ancien Premier
Ministre du Togo et sa famille.

Pendant le même temps aussi, votre Ministre de l’Intérieur Théophile MALLY, et des hommes
se réclamant de votre autorité et de votre parti, toujours en contradiction avec vos propres
engagements dont je n’ai pas besoin de rappeler les ternes solennels devant l’Assemblée
Nationale Togolaise, se livraient sur mes partisans, mes amis, mes parents à toutes sortes de
provocations, d’exactions, d’humiliations et de sévices.

Mais quel que soit le caractère odieux de tout ce qui a été entrepris contre des innocents,  je n’
aurais pas pu imaginer que vos partisans arrivaient, en mon absence, à violer le 1er avril
dernier, mon domicile, à saccager de fond en comble ma maison, à se livrer en plein jour, à
des voies de fait et à des actes barbares sur les seuls personnes sans défense qui l’habitaient
: mes enfants et leur maman, ces enfants, qui, au surplus, ne sont rien d’autres que les petits
neveux et les petites nièces de votre épouse, Madame Sylvanus OLYMPIO, et dont, j’ai
toujours eu la naïveté de le croire, il n’aurait pas été étrange quels qu’aient été nos
désaccords politiques, de penser qu’en mon absence, ils auraient dû se trouver sous votre
double protection de parent-proche et de responsable de l’Etat Togolais.

Maintenant, je n’ai plus qu’à attendre de vous, que JUSTICE soit faite.

Cette lettre, j’espère que vous saurez en apprécier les termes et que, surtout, vous saurez
apprécier l’effort surhumain que, dans ma douleur, j’ai fait pour garder mes propos, un
caractère de sérénité et de correction.

                                                 Signé : N. GRUNITZKY




(Voir page IX, Documents photographiques).
MINISTERE DE L’INTERIEUR                                         REPUBLIQUE TOGOLAISE
                                                                   Travail – Liberté – Patrie
DIRECTION
DE LA
SURETE NATIONALE

N 34-C/DSN

LOME, le 17 Janvier 1962

LE DIRECTEUR DE LA SURETE NATIONALE
à Messieurs les COMMISSAIRES DE POLICE DE : ANECHO, TSEVIE, SOKODE

Sur les instructions de l’autorité compétente, je vous serais obligé de bien vouloir procéder, et
en ce qui concerne, à l’inventaire minutieux et à la saisie des biens immeubles et véhicules
appartenant aux nommés :
1° Messanyi AGBEZOUHLON, originaire d’ATTITOGON (Circonscription d’ANECHO)
2° FIAWOO Emmanuel, originaire de TSEVIE
3° ADOMEY Edmond, originaire d’AKEPE près de NOEPE
4° MEATCHI Antoine, originaire de SOKODE

Le procès-verbal de saisie administrative devra comporter, outre la liste des locataires avec
en regard le montant la mention « Les revenus éventuels de fermage et des locaux loués », à
quelque titre que ce soit, seront versés au fur et à mesure à la Caisse de M. le Receveur des
Domaines et du Timbre, Curateur aux biens vacants à LOME.
J’attacherai du prix à recevoir les procès-verbaux de saisie dans les meilleurs délais.

                                                 Signé : C. DECKON


Pour copie certifiée conforme
Lomé, le 29 juillet 1963.
Le Directeur de la Sûreté Nationale
Lt. R.K. KONGO



15:08 Écrit par K. Kpadja | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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